La Nouvelle Tribune

Affaires Patrice Talon : le pardon qui compromet davantage Yayi

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Il a tiré sur la corde jusqu’à essoufflement total. Conscient qu’il sera le plus grand perdant de cette bataille, il lâche tout. Un pardon imprévisible, tombé brutalement dans le dossier comme une pluie de contre-saison, juste quelques jours après une décision qui lui était favorable.

Mais depuis, les choses se compliquent davantage pour Boni Yayi. ça bouillonne au bord de la Seine. Au 19-21, avenue Bousquet, à quelques lieues de là, l’ambiance de travail est délétère depuis quelques jours. Le patron des lieux, Abdou Diouf serait, selon des sources concordantes, très remonté contre Boni Yayi pour ses déclarations un peu trop imprudentes dans les affaires « empoisonnement » et « coup d’Etat ». En acceptant d’être le médiateur dans la résolution de la guerre fratricide que se livrent le président Yayi et son ex-allié politique Patrice Talon, il n’a guère imaginé se retrouver dans une situation aussi inconfortable, obligé de gérer les humeurs mais aussi les intrigues et les machinations politiques les plus abjectes et les montages les plus grossiers. Le mercredi dernier, lors de sa déclaration officielle de pardon accordé à Patrice Talon, Olivier Boko et consorts puis le vendredi à Paris, le président Boni Yayi a dit des choses qui auraient fâché le patron de la francophonie. Alors qu’il s’était rendu dans la capitale française pour répondre à l’invitation de son homologue français pour le sommet qu’il organise afin de se pencher sur la situation du Nigéria avec Boko Haram. On a pu voir, sur les images rapportées par la télévision nationale, un Abdou Diouf à la mine renfrognée au moment où, interviewé par la presse internationale, Yayi se prononçait sur ces scabreuses affaires qui, selon lui, « ont terni l’image de notre pays ». La suite, raconte, les mêmes sources, il aurait contacté le président français François Hollande pour jeter le froc aux orties et lui demander de confier la médiation à son ministre des affaires étrangères Laurent Fabius. Il a été, racontent les mêmes sources, fortement irrité par les nombreuses déclarations du Chef de l’Etat qui font allusion à une hypothétique lettre d’excuse de l’homme d’affaires Patrice Talon. Des nuages planent sur l’existence d’une telle lettre et les rares sources qui attestent de son effectivité ne manquent pas de nuancer que les excuses du magnat du coton s’adressaient bien au peuple béninois et non au président Yayi. Qu’à cela ne tienne. Diouf aurait voulu que les choses se passent autrement, dans la discrétion , pour ainsi dire. Le président Diouf comme chacun le sait n’est pas du genre à faire des déclarations tapageuses. A Cotonou, aucun des bénéficiaires du pardon, libérés avant-hier des prisons du pays n’ont dit une seule fois merci au président Boni Yayi. Au contraire, certains parmi eux se sont aventurés à faire des déclarations pas trop favorables au président pardonneur. Malgré le pardon, Yayi n’est pas au bout de ses peines.