La Nouvelle Tribune

Francophonie

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Discours de Yayi Boni
Excellence Monsieur le Premier Ministre du Canada,
Excellence Monsieur le Premier Ministre du Québec, Président du 12è Sommet de Québec ;
Excellence Monsieur le Président de la République de Roumanie, Président du 11ème Sommet de la Francophonie...

(...)Excellences, Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement des pays ayant le français en partage ;
Excellence, Monsieur Ban KI-MOON, Secrétaire Général de l’Organisation des Nations Unies ;
Excellence, Monsieur le Président Abdou DIOUF, Secrétaire Général de l’Organisation internationale de la Francophonie ;
Distingués Délégués ;
Honorables Invités ;
Mesdames, Messieurs,

C’est un grand honneur pour moi d’être parmi vous dans cette magnifique ville de Québec, en cette année où nous célébrons avec elle les 400 ans de sa création.
Je voudrais exprimer à leurs Excellences Monsieur le Premier Ministre du Canada, Monsieur le Premier Ministre du Québec et Monsieur le Premier Ministre du Nouveau Brunswick, aux peuples canadien et québécois, hôtes du présent Sommet, la sincère gratitude de la délégation béninoise pour l’accueil chaleureux dont elle a bénéficié depuis son arrivée à Québec, ainsi que pour la haute qualité de l’organisation des présentes assises.
Je saisis cette occasion pour adresser mes félicitations au peuple canadien pour les récentes élections et au Premier Ministre Harper, pour la confiance qu’il vient de lui renouveler.
Je voudrais également saluer la présence parmi nous du Président de la République Française, Son Excellence Monsieur Nicolas SARKOZY, pour sa première participation à notre grand forum francophone et pour le leadership dont il fait preuve en Europe et dans le monde depuis son arrivée à la tête de la République Française.
Mes remerciements vont également à l’endroit de mes pairs qui ont bousculé leur agenda pour rehausser de leur présence les présentes assises en ce moment capital de la vie de notre Organisation.
Enfin, je voudrais dire ici toute la reconnaissance du peuple et du Gouvernement béninois à l’endroit de l’OIF, en particulier de son Secrétaire Général, Son Excellence le Président Abdou DIOUF, mon frère Aîné, qui nous a toujours accompagné de son immense expérience, de sa grande sagesse et de son intarissable disponibilité.

Monsieur le Président,
Le 12ème Sommet de la Francophonie intervient dans un contexte marqué par une crise financière internationale sans précédent. Nous avons observé avec bonheur, la promptitude des actions concertées des pays développés d’Amérique, d’Europe et d’Asie,  qui leur a permis de mobiliser en quelques jours, des moyens financiers considérables pour une meilleure gestion de cette crise qui avait pour conséquence d’instaurer une véritable récession dommageable à toute l’humanité.
Cependant, cette crise financière qui a préoccupé le monde occidental et asiatique ne doit pas occulter la grande crise humanitaire dans laquelle restent encore plongés les deux tiers de l’humanité dont font partie la majorité des pays de l’espace francophone. Nous pensons à la crise alimentaire, la crise de l’énergie, la crise de l’environnement conséquence des changements climatiques, la crise de l’endettement,  la grande pauvreté et la grande misère, l’hypothétique réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement.
Enfin, la volonté politique qui a suscité un sursaut face à cette crise est la preuve que le monde dispose de moyens importants pour affronter de manière solidaire les problèmes de développement économique de notre planète. En d’autres termes la solidarité manifestée au sein du monde occidental peut et doit s’étendre à toute l’humanité, nous le savons désormais.

Monsieur le Président,
La langue française qui est le fondement de notre communauté est par essence une langue de prospérité, de partage et de solidarité. Or le constat aujourd’hui est que c’est dans ce même espace francophone que l’on observe encore la grande pauvreté et la grande misère. C’est pourquoi le moment semble venu pour notre Organisation de marquer une pause et d’interroger notre vision car l’espace francophone pour sa survie est d’abord  économique et ne sera de ce fait que ce que seront les économies des Etats membres.


Excellences, Distingués Délégués,Mesdames et Messieurs,
Les quatre défis qui constituent la trame des réflexions de ce 12ème Sommet de la Francophonie, s’inscrivent parfaitement dans les préoccupations quotidiennes de nos Etats Membres et traduisent notre souci commun de mise en œuvre des résolutions sur la paix, la gouvernance démocratique, économique et l’environnement.
Il y a deux ans le sommet de Bucarest nous a réunis autour du thème « Nouvelles technologies de l’Information dans l’Education », nous avons décidé de remobiliser toutes les ressources de la Francophonie en vue de la refonder à travers la création d’un fonds de soutien à l’expression multimédia dans les pays francophones du Sud.
Le constat aujourd’hui, est que les objectifs que nous nous étions assignés ne sont pas atteints, l’écart entre le Nord et le Sud ne cesse de se creuser.
Il importe d’accélérer les accès à l’Internet en Afrique afin de combler au plus vite le fossé numérique et de donner un nouvel élan à l’Internet francophone.

Mesdames et Messieurs,
C’est également à Bucarest que nous avons lancé le Vade-mecum destiné à redonner vie à la langue française dans nos différents Etats, nos rencontres régionales, continentales et internationales. A ce sujet, mon pays le Bénin a entamé la mise en œuvre de ce Vade-mecum avec en point d’orgue l’organisation d’un Atelier national ayant réuni l’ensemble des cadres de l’Administration publique.
Il me plaît de signaler deux initiatives majeures prises par le Bénin : la gratuité de l’enseignement maternel et primaire, prolongée par la gratuité de l’inscription dans le supérieur, l’élaboration en partenariat avec la Partie française d’une nouvelle vision de l’apprentissage et de l’usage du français ;  je voudrais également évoquer le projet conjoint OIF-AUF de Formation à Distance des Enseignants du Primaire (IFADEM)  expérimenté conjointement au Burundi, en Haïti, à Madagascar et dans mon pays où il est déjà très avancé.
A cet égard, je me dois d’exprimer mes remerciements à l’OIF et à l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) pour leur précieux concours dans la mise en œuvre de ce dernier projet IFADEM.
La promotion de la langue française est essentielle mais il faut qu’elle apparaisse non seulement comme un attachement affectif mais également comme un besoin pragmatique pour accélérer le développement des pays francophones, notamment ceux du Sud et donner à la Francophonie une capacité plus visible en vue de peser sur les enjeux collectifs mondiaux.
La Francophonie peut jouer un rôle de catalyseur si elle parvient à concilier les points de vue du Nord et du Sud en son sein préalablement à la tenue des grandes conférences mondiales ; comme elle l’a fait pour l’adoption massive de la convention de l’UNESCO sur la diversité de l’expression culturelle.
Comme à Bucarest en 2006, j’espère Mesdames et Messieurs que les présentes assises parviendront à prendre des résolutions hardies sur les enjeux aussi essentiels que la paix, la gouvernance démocratique et l’état de droit.
En ce soixantième anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, il est impératif que l’OIF poursuive ses actions de promotion de la démocratie par la consolidation de l’Etat de droit dans les pays membres : la Déclaration de Paris de nos Ministres de la Justice en février 2006 nous y incite fortement.


Mesdames et Messieurs,
Comme vous le savez, la Démocratie est le fondement essentiel du Développement. Mon pays le Bénin l’expérimente depuis près de deux décennies, l’aventure de la vie démocratique marquée par des élections apaisées assurant l’alternance à travers 4 élections présidentielles, 5 consultations législatives, 2 échéances communales…  
A cet effet, le gouvernement et le peuple béninois apprécient l’assistance essentielle et multiforme de la Communauté Internationale, en particulier celle de la grande et belle Famille Francophone, avec une mention spéciale à la présence rassurante à nos côtés, de l’Organisation Internationale de la Francophonie et de son Secrétaire Général, le Président Abdou DIOUF.
En vue de la consolidation de la démocratie dans nos pays, notre souhait est que l’OIF, grâce aux expériences accumulées poursuive ses accompagnements électoraux dans nos pays, et nous tienne en état de veille sur le respect des libertés et des droits, notamment la liberté d’expression et la diffusion d’une information diversifiée et crédible. De la sorte nous préviendrons mieux les frustrations et les conflits dont la gestion efficace impose la consolidation de nos capacités d’observation et de veille.
Mais quel est l’avenir d’une démocratie non soutenue par un développement concomitant de l’économie ?
A mon avis, une démocratie qui ne nourrit pas est un poison pour le peuple et finit par s’étioler pour mieux l’étouffer.
Le constat est patent aujourd’hui. Aucun pays, aucun peuple n’est à l’abri de catastrophes sociales dans une économie non productive faite d’incertitudes, d’aléas et d’individualisme. C’est pourquoi, la famille francophone doit, mieux que par le passé,  s’ouvrir à plus de création de richesse, à des perspectives de solidarité et d’assistance mutuelle plus vastes, plus étendues, faites d’audace et de hardiesse dans les initiatives et dans les décisions au bénéfice des Etats et de nos populations.

Mesdames et Messieurs,
Les questions liées à l’environnement sont également déterminantes dans la vie des Etats membres. A ce titre, je voudrais souligner que la protection de l’environnement est inscrite dans la Loi Fondamentale du Bénin.
C’est l’occasion pour nous de réaffirmer ici notre volonté commune de lutter contre le réchauffement climatique à travers un pacte francophone dont tous nos pays appliqueront et défendront les principes partout, notamment dans les instances internationales. Le Bénin lance un appel à la Communauté internationale afin qu’elle accorde plus d’attention à la reconstitution des fonds d’adaptation aux changements climatiques et surtout à la désertification.

Mesdames et Messieurs,
La clef de l’avenir de la Francophonie c’est le rayonnement du français dans le monde, c’est aussi sa capacité à fédérer encore des peuples de plusieurs  continents tout en conservant à notre langue, cette aptitude à nourrir la réflexion universelle dans des domaines aussi essentiels que variés.
Les nations francophones attendent de notre Organisation, une solidarité plus agissante et plus durable.
La création d’un « Visa francophonie » à l’image des Visas d’autres aires de solidarité, pourrait être une preuve plus tangible de cette solidarité qui nous anime déjà.
Mesdames et Messieurs,
Nous aurons encore à l’avenir d’autres chantiers à ouvrir ensemble pour permettre à notre Organisation commune de toujours servir de creuset au renforcement de l’esprit de solidarité, d’humanisme et de partage qui constituent des valeurs de sa fondation.
En d’autres termes, c’est le moment de placer la francophonie à l’ère du changement. Cela doit changer et la francophonie changera toujours avec la langue française dans toute sa diversité.
Que Vive la Francophonie,
Et que Vive la coopération agissante au sein d’une Francophonie au service du développement,

Je vous remercie.

Cet article est un article du dossier "XIIè sommet de la francophonie"; lire ci-dessous les autres articles du dossier:
1-Le top de la grand-messe
2-Le Québec, la France et les autres
4-Boni Yayi, une présence discrète et... sans relief
5-Madagascar obtient l'organisation du prochain sommet en 2010