La Nouvelle Tribune

Sèmè-Kpodji

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La mafia du sable marin résiste au gouvernement
L'exploitation des carrières de sable marin de la commune de Sèmè-Kpodji, qui devrait prendre fin jeudi dernier, se poursuit sur le terrain. Cette fois-ci, le phénomène s'est renforcé au nez et à la barbe des autorités gouvernementales qui, pourtant, l'avaient interdit. Selon les investigations, les jeux de coulisses de la mafia les auraient faits fléchir. La fermeture des carrières de sable marin dans la commune de Sèmè-Kpodji était annoncée pour jeudi dernier. Les ministres des Mines, Sacca Lafia, de l'Environnement, Juliette Koudénoukpo, et de la lutte contre l'Erosion côtière, François Noudégbessi, s'étaient illustrés comme des militants déterminés contre l'exploitation du sable de la mer. Une semaine a suffi pour comprendre qu'ils faisaient beaucoup de bruit pour rien. A Sèmè-Kpodji, la mafia enracinée dans le sable marin continue son œuvre. Ces derniers temps, les populations ont constaté  que ses activités se sont  intensifiées, au moment où le pouvoir en place a annoncé la fermeture des carrières. Ainsi, les camions de sable circulent à Cotonou, à Sèmè-Kpodji, Porto-Novo et dans localités du pays. Tout se  passe comme si  de rien n'était. Les exploitants continuent leur besogne en toute quiétude.

Jeux de coulisses
Lorsque le gouvernement du président Boni Yayi a donné l'ultimatum de la fermeture des carrières de sable, la mafia a mis en œuvre toutes ses stratégies pour contourner l'Etat. C'est ainsi que les jeux de coulisses ont commencé. Sur le terrain, une information non démentie est au bout de toutes les lèvres. Pour faire face à la situation, les exploitants ont décidé de s'organiser. Les sources proches de la mafia  basée à Djeffa et à Sèmè-Kpodji indiquent qu'une souscription obligatoire a été initiée. Ainsi, il est demandé à chacun des 8000 chargeurs de camions de débourser 7000f. Quant aux propriétaires de  trous d’où l'on extrait le sable, dont le nombre est estimé à plus de 300 personnes, ils  doivent verser chacun 100000f. A quoi serviront ces sous perçus à gauche et à droite ? Certaines indiscrétions proches des mêmes exploitants indiquent que les dizaines de millions collectés permettront aux responsables de carrières de mener des démarches à l'endroit des autorités, afin de les amener à fermer les yeux sur leurs activités. " Avec cette stratégie, on ne fermera plus les carrières ", affirme un homme bien implanté dans cette mafia.
Aux dernières nouvelles, on apprend que le dialogue doit se poursuivre  avec les acteurs de la filière pour savoir dans quelles conditions, le gouvernement prendra ses responsabilités définitives. Les exploitants en ce qui les concerne, souhaitent disposer d'au moins trois mois d'exploitation des carrières, avant qu'une décision d'interdiction n'intervienne éventuellement. Toutes ces données font dire à plus d'un que l'arrêt de cette activité n'est pas pour demain.

Enjeux
Les carrières de sable constituent de véritables enjeux socio-politiques dans la commune de Sèmè-Kpodji. C'est souvent autour d'elles que les uns et les autres se battent politiquement à cause de l'argent facile qu'ils y gagnent. Les leaders politiques de la localité, qu'ils soient du Prd ou de la mouvance ont toujours des ambitions pour la gestion de ces ressources naturelles. En plus, la plupart des propriétaires des camions sont des opérateurs économiques ou des hommes politiques qui tirent de grands profits par le transport du sable marin. D'ailleurs pour intimider le gouvernement, ils brandissent la menace  que le président Boni Yayi n'aura pas le soutien de Sèmè-Kpodji en 2011, s'il prenait le risque d'arrêter cette activité. C'est dire qu'il y a une gigantesque mafia derrère les carrières de sable que l'exécutif aura du mal à affronter.

Jules Yaovi MAOUSSI