La Nouvelle Tribune

Maria-Gléta : douche froide pour le ministre Kassa à l'assemblée nationale

Espace membre

Le débat sur la mise en service et l’accident survenu sur la Centrale de Maria-Gléta a refait surface, hier à l’Assemblée Nationale. La question orale avec débat, introduite par certains députés relatif à ce dossier, a permis au ministre de l’énergie Barthélémy Kassa de s’expliquer.

Mais, ce dernier a essuyé les critiques des honorables députés, aussi bien de la majorité parlementaire que de l’opposition. Ce fût un jeudi noir pour le ministre de l’Energie, Barthélémy Kassa, qui a essuyé longuement les critiques de ses anciens collègues députés. C’est à l’occasion des questions orales avec débats au gouvernement, sur le projet de construction de la centrale énergétique de Maria-Gléta. Certains députés avaient déposé, depuis plusieurs mois, des questions au gouvernement. On peut dénombrer trois questions d’actualité  et deux questions orales avec débats sur le même sujet. Les auteurs sont les députés Sado Nazaire, Eric Houndété, Biokou Firmin et Isidore Gnonlonfoun, qui lui est déjà nommé ministre dans le gouvernement de Boni Yayi. Ainsi toutes les questions posées ont été regroupées en une seule.

La plupart des auteurs de la question et des intervenants n’ont pas raté le ministre de l’Energie. Après les questions, le ministre Kassa a tenté d’apporter des réponses à leurs préoccupations. Et, le comble est que, le ministre a déclaré aux députés que la centrale de Maria-Gléta a déjà été mise en service officiellement, le mercredi dernier, à la grande satisfaction de tous. Il ajoute que c’est une coïncidence, pour ne pas dire que c’est parce que cette séance plénière est prévue que le gouvernement a précipité la mise en service de la centrale. Ce qui n’a pas plu à certains députés qui ont apporté hier des preuves contraires à ce que le ministre Kassa a déclaré.

Kassa essuie les critiques des députés

«Pourquoi cacher ce qu’on ne doit pas cacher?» S’interroge le député Zéphirin Kindjanhoundé. «Je suis obligé de faire la lumière sur ce qui s’est passé hier. Ils n’ont pu démarrer que trois des huit turbines et au bout de 2h45 minutes, chacune des turbines qui devrait tourner 10 Mégawatts, a fini par chuter à 5 Mégawatts… Donc au lieu de 30 Mégawatts, on a eu pendant les 2h45 que 15 Mégawatts… Ils ont été obligés d’arrêter, et je mets le ministre au défi. Je vous apprends aussi que les gens ont refusé de signer le PV de mise en service, mêmes des gens qui sont proches du ministre.»

Il est également revenu sur le refus des maisons d’assurance de signer le contrat de police, mêmes les maisons d’assurances étrangères. Le président Eric Houndété, plus amer, a passé au peigne fin tous les détails de ce projet, par rapport au choix de 4heures/jour aux heures de pointe, au lieu des 80 Mégawatts promis par le gouvernement, le coût de l’avenant du bureau de contrôle qui est de 1 milliard 700 millions, qui dépasserait même le montant prévisionnel du projet, comment les canalisations de gaz n’ont pas été prévues dans le projet et il faudrait dépenser 2 milliards supplémentaires, comment la CEB n’est pas associée au projet. Au fait, le coût de ce projet de la centrale de Maria-Gléta, serait passé de 37 milliards 900 millions à 45 milliards de francs CFA. Pire le député Eric Houndété a fait d’autres révélations plus graves. Il affirme que ce serait le moteur d’un avion qui a servi pour la 2è guerre mondiale qui sert à tourner les turbines. Aussi, il s’avérait qu’au lieu du gaz naturel, ce serait un combustible du nom de JET A1, très couteux, qui sera utilisé pour les turbines à gaz. Ahurissant ! Le président du groupe parlementaire UN est revenu sur les conditions dans lesquelles la centrale de Maria-Gléta a explosé, et pourquoi le gouvernement n’a pas fait un appel d’offres. Selon ses propos, pour les essais, le combustible a couté plus d’un milliard de francs CFA. Aussi déplore t-il que, l’énergie produite par la JET A1 est estimée à environ 268 francs CFA au moment où l’énergie est achetée par la CEB à 58 francs CFA et revendue à la Sbee à 105 francs voire 110 francs CFA.

Des députés suggèrent une Commission d’enquête parlementaire

D’autres députés tels que Nicaise Fagnon, Gabriel Tchocodo, Thomas Ahinnou, Edmond Zinsou, Jonas Gbènamèto, Raphael Akotègnon et autres, n’ont pas non plus raté le ministre. Au cours des débats, certains députés, notamment Nicaise Fagnon, Gabriel Tchocodo, Zéphirin Kindjanhoundé et Raphael Akotègnon, ont suggéré l’introduction d’une proposition de résolution tendant à mettre sur pieds une Commission d’enquête parlementaire d’information et de contrôle, pour faire la lumière sur ce dossier. «Pourquoi 4 ans plus tard, c’est seulement hier que la centrale a été mise en service. De 2009 à 2013, il y a trop de problèmes, et le ministre se comporte comme si de rien n’était. Je propose de mettre sur pieds une Commission d’enquête parlementaire, pour faire la lumière sur cette affaire», propose Gabriel Tchocodo.

Même réaction du député Zéphirin Kindjanhoundé et de l’honorable Raphael Akotègnon, qui s’interroge «si c’est un matériel neuf ou d’occasion qui a été installé. Il va falloir constater de visu. C’est dommage, à croire que nous nous réjouissons du malheur des autres. Je souscris à cette Commission d’enquête parlementaire, pour voir clair dans ce dossier». «Il faut s’arrêter et faire le point. Il faudra ouvrir une Commission d’enquête parlementaire pour voir clair et voir comment le Togo a réussi. Je veux dire à mon ami Kassa, il y a trop de sourire alors que nous souffrons. L’heure est grave, car autant l’énergie est importante… et halte au gaspillage des ressources de l’Etat», déplore le député Nicaise Fagnon. Précisons qu’au terme des débats, le Président Nago lui-même a pris à cœur ces informations, et a souhaité que le Parlement et toutes les autres institutions se mettent ensemble, et voir comment faire pour trouver des solutions adéquates à ce qu’il a qualifié d’impasse.