La Nouvelle Tribune

De l'Assemblée Nationale

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Tricheur!
" Tu t'imagines : me voilà riche, je me suis enrichi et je n'ai besoin de rien ; mais tu ne le vois donc pas : c'est toi qui es malheureux, pitoyable, pauvre, aveugle et nu ! " Apocalypse 3, 17

Je n'ai lu ou entendu nulle part que son Honorable André Dassoundo, Premier vice-président de l'Assemblée Nationale pour notre malheur collectif, a décidé de démissionner de son mandat de député, ni même qu'il a exprimé quelque regret pour avoir triplement triché aux dernières élections municipales. Nous sommes donc obligés de nous en remettre à la justice et à la Loi, pour lui infliger la punition qu'il mérite : le bannissement. Car André Dassoundo, par cette indignité a trahi son propre " parti ", son alliance de " partis ", et surtout, en ce qui nous concerne, deux  autres entités normalement inviolables : la population de Dassa-Zoumé ainsi que les institutions de la République (Assemblée nationale, CENA, Cour Suprême, etc.)
Monsieur André Dassoundo a trahi " un parti " dont il est le président en changeant la liste proposée par celui-ci, sous sa propre responsabilité, aux élections, lors de la transmission de ladite liste pour enregistrement dans le compte de la mouvance. Il se trouve que cette liste avait pour tête le propre secrétaire général dudit " parti ". Ce point de la question dépasse l'entendement, si la psychiatrie veut bien s'y intéresser.
Ensuite, Monsieur André Dassoundo ment à son alliance de " partis " en ne faisant pas campagne dans les villages où le camp adverse est implanté (Moumoudji et environs), arguant d'urgence avec le chef de l'Etat et néanmoins grand commanditaire de la FCBE. Et il croit ainsi avoir convaincu les futurs conseillers, restés tranquilles par discipline de groupe, même s'ils se sont avérés les premiers à le dénoncer. A ce niveau-ci, c'est le sens de la stratégie politique FCBE qui est difficile à appréhender. Elle a continué de faire confiance à un homme d'une impopularité connue alors que dans la même localité, elle possède un autre interlocuteur largement plus assis et que, contre toute logique, ladite localité demeure profondément FCBE.
Troisièmement, Monsieur André Dassoundo a trahi la réputation d'intégrité des fils de Dassa, trahi le sacrifice de Jagun Amouro, par des tripatouillages électoraux d'une extrême gravité. Les recours en annulation pour le village de Ilema étaient fondés, entre autres, sur des accusations de falsification de bulletins électoraux. Le fait que le requérant gagne l'élection dans ce même village, par au moins le nombre de voix qu'il revendiquait, lors de la reprise du 7 septembre, prouve que celui-ci avait bel et bien raison, c'est-à-dire qu'un citoyen béninois a fait du faux avec les symboles de la République. Que, finalement, la Cour Suprême ne pouvait avoir meilleure preuve qu'en décidant cette reprise et qu'il lui revient maintenant de prendre ses dispositions pour la suite à accorder.
Parce qu'il n'est pas sain de s'en arrêter là. Parce que c'est toute la crédibilité de la République qui se trouve ainsi ébranlée. Parce que cet acte, à un tel niveau, constitue un précédent sérieux pour le triomphe des hors-la-loi.
J'étais à Dassa-Zoumé ce 7 septembre. Les jeunes que j'y ai rencontrés ne faisaient pas de cette élection reprise un enjeu. Ils n'avaient aucun doute sur l'issue tant la réalité de la fraude était évidente. Mais ce qui m'a frappé aussi, c'est l'absence de révolte, l'indifférence totale et la léthargie de ces jeunes sur cette situation. C'est l'absence d'espérance, de passion citoyenne. C'est vrai, un d'entre eux m'a dit : " il est temps qu'on réagisse maintenant ! " Mais un autre a traduit le sentiment général : " pourquoi s'incommoder pour une petite tricherie sans grande conséquence ; c'est ce qu'ils font tous non ? "
Voilà où on en est et où on risque de demeurer longtemps si dans les jours qui viennent, les membres du parti de Monsieur Dassoundo, les jeunes de Dassa et la justice béninoise n'entament pas des actions concrètes et radicales pour engendrer l'espoir, pour engendrer l'éthique.

Camille Amouro ECRIVAIN