La Nouvelle Tribune

Bénin : la lettre ouverte d’ Eric Zossou au procureur Justin Gbènamèto

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Monsieur le Procureur de la République-Pasteur-(Blanchisseur ?) (PR.P.(B ?)), Peut-être qu’en ce moment même où, faisant messe buissonnière, je m’attable pour vous écrire cette lettre, vous dirigez le culte dans la coquette paroisse de Midombo dont vous êtes le pasteur. Je confesse à Dieu le mal que je fais en manquant le culte, et espère trouver grâce à ses yeux, car il est écrit qu’il « ne se lasse pas de pardonner» Esaïe 55v7. 

Il s’est imposé à moi, telle une urgence spontanée, de vous adresser ce témoignage de justiciable, comme par devoir, en toute vérité ; comme un bien précieux dû à nos concitoyens ; et la parole du Christ miséricordieux proclame qu’il est « permis de faire le bien le jour du sabbat» Matthieu 12v12. Et de toute façon, j’aurais été à la place de vos fidèles que je serais troublé d’avoir comme berger, un suspect de « blanchiment ». Oui suspect parce que je refuse de croire que vous aviez fait ça. Mais, selon vos propres mots rapportés par un journal qui vous défend, vous entretenez «une compagne», qui vous offre des appartements et vous ouvre des comptes par lot de pairs dans le pays de Sarkozy.

Monsieur le Procureur de la République-Pasteur-(Blanchisseur ?), dans la suite de mon adresse, permettez-moi de faire court, sur vos nombreux attributs, en usant du sigle (PR.P. qui devrait paraître résumer, vous le voyez, l’essentiel de vos domaines de compétence connus. Et vous remarquerez, que le mot blanchisseur aura toujours le point d’interrogation qui vous prouvera que mon être refuse de vous accuser, même si les faits vous accablent et que vos déclarations vous piègent.

Je me souviendrai toujours du jour où j’ai été présenté devant vous pour être écouté, pas pour avoir volé, pas pour avoir tué, pas pour avoir triché, pas pour avoir blanchi, mais j’avoue, pour n’avoir pu m’empêcher de donner une leçon de morale relativement musclée, à des escrocs et maîtres chanteurs, brebis galeuses d’une profession somme toute noble, sans laquelle il n’y a pas de salut pour la démocratie et la justice.

D’ailleurs, en entrant dans votre bureau, on ne peut qu’être impressionné par l’effarant nombre de signes distinctifs de votre foi, largement étalé sur le mur. Je peux donc croire en venant devant vous que je venais non seulement devant un homme de droit et de discernement, mais plus encore une personne qui craint Dieu et a du respect pour sa charge. Le Palais de la Justice doit être le temple de Dieu, un sanctuaire, telle a toujours été ma perception.

J’ai pourtant noté que j’ai été écouté par vous alors que vous étiez en compagnie d’une femme blanchie jusqu’à l’hypoderme, qui se taillait les ongles, et vous m’enjoigniez, quand je m’interrompais, de continuer mon audition, sans rupture, entre les charmes tout en fard de votre visiteuse, et vos successifs coups de fil. Etait-ce parce que mon sort était scellé d’avance ? Vos commanditaires vous ont-ils à ce point motivé ? Je me pose la question aujourd’hui que les jaloux vous accusent de blanchiment de la couleur de la motivation.

En tout cas, j’ai vite réalisé que, même en ma qualité de victime, avec toutes les preuves qui matérialisent l’infraction, vous avez jugé nécessaire de me faire écrouer et poursuivre.

Mais je suis heureux d’avoir subi cette humiliation, car non seulement elle m’a permis d’indiquer le sens de la dignité et ma combativité à deux misérables plumitifs sans vergogne qui tiennent le sabotage et le chantage comme fonds de commerce ; mais aussi, parce que j’ai le sentiment d’avoir depuis lors sauvé de l’acharnement, de nombreux opérateurs économiques et hommes politiques victimes de chantages et d’escroqueries a la veille des remaniements. Je rends d’ailleurs hommage à tous ceux qui, à l’occasion, m’ont soutenu dans cette épreuve, tout corps et toutes catégories sociales confondues, et en particulier aux autres magistrats qui prenaient la mesure de leur serment, pour dire le droit sans le blanchir. Car c’est bien encore un de vos substituts qui demandera ma mise en liberté sans caution.

Je dois aussi remercier mes avocats, virtuoses du droit, constitués sans le franc, pour l’amour de la justice.

Je dois remercier les avocats de mes contradicteurs, qui même avant tout propos ont demandé ma mise en liberté pure et simple. Gloire à eux.

Leur attitude m’a conforté et donné l’occasion de croire qu’il existe encore un espace pour l’épanouissement du bien dans notre pays.

Monsieur le PR.P. (B ?), j’’ai été particulièrement choqué, lorsque quelques mois après m’avoir fait écrouer, vous rétorquiez à une de mes proches parentes qui vous interpellait à ce sujet, à bord de l’avion vous amenant en pèlerinage sur la Terre Sainte d’Israël, que vous aviez agi ainsi, pour me tirer les oreilles.

Ô Dieu ! Pauvre Terre Sainte, maintes fois souillée par des pèlerins crasseux, dont mille livres plus volumineux que la Bible ne suffiront pas pour raconter le témoignage des basses œuvres. Même, ceux qui ont suspendu le Christ sur la Croix ont cru lui tirer les oreilles. J’espère que dans la nuit noire qui commence pour vous, vous prendrez conscience de votre ignominie, pour enfin mériter la rédemption.

Me tirer les oreilles? Je sais que vous n’en êtes pas digne? Mais je suis intéressé d’en savoir le motif.

Je sais maintenant que l’appareil judiciaire dans mon pays s’apparente à une fosse aux lions dans les gueules desquels on jette des centaines d’innocents parmi nos compatriotes. Que certains magistrats, pas tous, certains, ne doivent leur ascension qu’à ce jeu ; et qu’ils s’obligent à placer le butin de leurs forfaits dans les circuits de blanchiment. Cette leçon vaut largement le prix payé, et je vous en suis reconnaissant, et vous assure, que je ne garde de mon court séjour carcéral aucune meurtrissure, car mon parcours de vie m’a affermi, et j’ai le cœur des enfants MassaÏs que les rites de passage font jeter dans l’antre des lions pour endurcir leurs caractères et affirmer leur virilité.

Mais je plains nos nombreux compatriotes sans défense, qu’un Procureur, en charge de veiller sur les intérêts de la société, conduit à l’abattoir, avec le sang froid tranquille d’un assassin professionnel, lui qui a prêté serment : « de bien et fidèlement remplir mes fonctions… et de me conduire en tout comme un digne et loyal magistrat ».

Mais ce n’est pas seulement, en tant que Procureur, que vous m’intéressez ; mais aussi en tant que pasteur-(blanchisseur ?).

Comment un pasteur appelé à éduquer ses fidèles sur l’enseignement du Christ, qui organise de grandioses fêtes médiatiques de moisson pour célébrer sa foi, qui investit dans l’œuvre de Dieu, qui fait acte de charité, paie sa dîme et appelle à faire autant…bref, qui bâtit la maison de Dieu, peut-il plonger dans des actes si peu avouables, qu’ il se sent obligé d’en brouiller les pistes, par les moyens traditionnels du blanchiment, et pour s’en défendre, évoque dans un impressionnant méli mélo, la générosité d’une « compagne » entretenue hors-foyer, selon les termes même d’un journaliste qui s’est cru capable de vous blanchir?

Si cela ne risquait de tomber sous le coup de la décence, j’aurais été tenté de spéculer sur certaines de vos performance, parce qu’il en faut d’exceptionnelles comme j’imagine, pour susciter tant de générosités d’une richissime «compagne » aide-soignante, et la déterminer à vous faire « gracieusement don de deux appartements en France. Mais je n’ai pas le choix, ça me complexe vraiment en tant qu’homme, et je ne puis dissimuler ma jalousie, car vous avez sûrement beaucoup plus de charmes que moi ; et déjà que celle qui a été témoin de mon audition devant vous, se faisant les ongles et feuilletant des journaux, ne me rappelait ni ma mère, ni ma femme, car sa peau, sacrément claire insultait ma race et valait son pesant d’argent en pommade. Oun ! Procureur-Pasteur-(Blanchisseur ?) !

Cela dit, je me défends poliment d’une intrusion dans votre belle vie privée.

Mais, j’estime qu’il pourrait être déjà temps de regarder au Dieu que vous servez comme pasteur pour faire court, et avouer la provenance et la nature réelle des transactions financières et immobilières entre votre amie-compagne-parente, aide-soignante vivant en France et vous-même, et faire pénitence avant qu’il ne soit tard, parce que tout va être exposé au grand jour.

C’est à votre conscience d’homme de Dieu que je m’adresse ici, non pas à votre fierté, je ne sais même pas si vous en avez. A votre conscience d’homme de Dieu, car face à lui, nous sommes tous nus comme un ver de terre.

Et comme par ironie du sort, le numéro 1163 de la livraison du quotidien Nouvelle Expression qui tentait péniblement de vous blanchir, expose, à sa page 3, l’histoire du voleur qui, croyant détenir de son marabout « dozo » un pouvoir d’invisibilité, s’introduit nu dans la maison de sa victime. Dans votre façon de vous débattre, je vous vois semblable à lui, tout de nu vêtu comme Adam, quand il s’est pris le pied dans les assiettes, et rattrapé par sa cible, tentait de cacher de ses dix doigts sa nudité à la foule des témoins venus nombreux. Oui, vous êtes nu. Et moi qui ai remis ma culotte depuis que vous m’aviez fait déshabiller par des prisonniers malfamés assistant un cruel infirmier, carriériste saligot, pour me palper le sexe, je vous vois aujourd’hui vous débattre comme un diable dans un bénitier. S’il en est ainsi, honte éternelle à vous !

«Malheur à vous, Scribes et Pharisiens hypocrites, parce que vous payez la dîme…et que vous laissez ce qui est plus important dans la loi : la justice (…) et la fidélité ; c’est ce qu’il fallait pratiquer sans oublier les autres choses», dit le livre de Matthieu en son chapitre 23, verset 23. Car devant Dieu, vous êtes semblables à « un sépulcre blanchi », exhibant au soleil sa blancheur, mais au fond rempli « d’ossements de mort et de toutes espèces d’impuretés». Blanchi ? Parlons justement d’un autre blanchiment, décryptons les faits.

Décryptage

Précisons les choses. L’éclatement de l’affaire est parti des services de renseignement français qui se sont avisés de nombreuses transactions financières et immobilières à votre profit. Le régime, en vous lâchant, n’avait pas vraiment le choix, car la France, l’Union Européenne et les Etats-Unis qui sont sur des pistes, et flairent sans doute déjà l’aboutissement de l’enquête, ont mis la pression sur le gouvernement, selon les mots mêmes du Garde des Sceaux, avec la menace de suspendre notre pays du MCA.

Monsieur, le Procureur-Pasteur-(Blanchisseur ?) (PR.P.(B ?)), là-dessus, on peut vous plaindre, parce que même si vous êtes un maillon sensible dans le dossier, je crains que la partie non encore visible de l’iceberg, soit plus déterminante ; qu’ainsi elle doit inéluctablement émerger, parce qu’elle pourrait se révéler plus qu’essentielle dans le dénouement final et dans la même prison que vous m’aviez envoyé.

Cela dit, je vais risquer de vous ennuyer en vous rappelant sommairement quelques uns des faits. C’est la partie de ma lettre que vous allez le plus détester.

Mais, rassurez-vous, je vais me résumer pour faire courtois.

Entre Juin et septembre 2012, vous avez acquis de nombreuses propriétés immobilières en France et au Bénin, vous avez ouvert de multiples comptes, vous avez fait de nombreuses transactions avec une aide-soignante vivant en France qui à elle seule, dans la même période, et sans commune mesure avec ses revenus, a ouvert une dizaine de comptes en son seul nom ; vous avez reçu entre autres un chèques de cent millions (100.000.000) de FCFA de feu DOSSA Victor le 12 septembre 2012, (Paix à son âme, mais mort de quelle mort ayant vécu assez longtemps pour vous donner votre chèque), vous l’avez retiré en espèces le lendemain, vous avez ouvert ce même jour un compte à la Diamond Bank de Cotonou avec une dotation initiale de quatre-vingt-dix millions, vous avez délivré un chèque barré au motif inconnu à une dame notaire le 28 septembre 2012 ; un an après, la notaire n’a toujours pas osé se présenter à la banque avec ledit chèque pour toucher le montant débité, resté à ce jour sur un compte d’attente de la banque, ou faire transférer le montant sur son compte etc…

Pour vous justifier, vous dites que les 100.000.000 FCFA proviennent de la vente d’une parcelle appartenant à votre « compagne » (j’emprunte le terme à votre-journaliste défenseur) qui vous aurait donné mandat par acte notarié le 19 septembre 2012 (dix-neuf septembre). Vous l’avez dit et écrit.

Monsieur, le PR.P.(B ?). Etes-vous en mesure d’expliquer à vos compatriotes assoiffés de comprendre, épris de vérité par quel mécanisme, vous recevez un chèque le 12 septembre et en touchez le montant le 13 septembre, alors que votre prétendu mandat pour l’opération daterait, selon vous-même, d’une semaine plus tard (le 19 septembre). Mais je comprends, dans un blanchiment, il y a beaucoup de régularisation, beaucoup de fil blanc aussi. Et je m’aperçois aussi que votre lessive n’est pas un lavage à sec. 100.000.000 par-ci, cent millions par là, Monsieur le Procureur, le petit commerçant que je suis vous jalouse et dans ma prochaine vie, je serai procureur, pasteur, blanchisseur (PR.P..

J’ai lu un article qui est un tissu confus de contradictions, d’informations copiées-collées, sans esprit et dépourvu de logique, où votre journaliste-blanchisseur, marchant dans vos pas, n’a cessé de se mélanger les pédales, parlant de «cabale » contre votre personne, de « jeu pervers », « Quelqu’un a-t-il perdu son argent ? », « est-il interdit d’avoir un don d’un parent très proche ? », « Où se trouve le délit ?», avant d’ajouter que c’est une campagne pour vous « déstabiliser », pour vous « décrédibiliser», et j’ai eu beaucoup de mal à comprendre la démarche, et de toute façon, il n’a fait qu’alourdir la brume qui pesait sur votre personne. Ca existe aussi, les avocats du diable.

L’Impossible rédemption

« Ceux qui labourent l’iniquité et qui sèment l’injustice, en moissonnent les fruits », dit le livre de Job.

Nous y voilà. Les nuages qui s’amoncellent à l’horizon annoncent que le temps de la pénitence vient de commencer pour vous. Il est impossible de siphonner impunément le sang des justes, des humbles, de la veuve et de l’orphelin, et de le dissimuler sous les apparences angéliques d’un serviteur de Dieu.

Maintenant que votre ventre vous conduit dans un trou, comme avant vous, au personnage Mor Lâm de Birago Diop, quelle va être la prochaine étape ?

Vous sauver ? Au cas où vous vous en aviserez, je suggère que vous ayez la prudence de ne pas alourdir vos bagages de costumes, car, avec une robe de magistrat, une robe de pasteur et un uniforme de blanchisseur, vous aurez largement de quoi ne pas prendre froid. Ne faites surtout pas aux fils de l’Ouémé, ressortissants de cette frontière de tous les trafics l’injure de vous faire arrêter comme un petit gibier. Suivez mon regard. Certains autres de nos parents l’on tenté dans un passé récent avec le fiasco qui nous souille.

Retenez la leçon ! La liberté d’action des détenteurs de pouvoir, est une « liberté sous conditions», elle ne peut équivaloir à une liberté d’opprimer, liberté de brimer, liberté de tricher, liberté de blanchir.

Mon pays est assis sur un volcan si son appareil judiciaire est déshonoré par une race de vermine, et son administration souillée par des carriéristes sans vergogne et sans mérite qui brûlent les étapes et dament le pignon aux promotionnaires. Heureusement, le Procureur a des substituts qui ne tremblent pas.

Le commerce de la justice, s’il transforme notre pays en une réplique de Sodome, le condamnera à la fournaise et aucune rédemption ne sera possible.

Procureur-Pasteur, (Blanchisseur ?) ! Honte à vous ! Honte éternelle à vous !

Michel Eric ZOSSOU