La Nouvelle Tribune

FITHEB : Abimbola, un snipeur en position de tir

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Face à l’impasse dans laquelle se trouve le Festival International de Théâtre du Bénin (Fitheb), le ministre de la Culture, faisant la pluie et le beau temps, compare la situation actuelle à une arme dont-il détient la gâchette. Une arme pour tuer ou pour sauver le festival ? 

24 juillet 2013 - 24 Septembre 2014. Deux mois déjà de suspense, au sujet du sort du Festival International de Théâtre du Bénin (Fitheb). Sauver la biennale ou l’enliser davantage dans la boue. Que le ministre de la Culture, Jean-Michel Abimbola, situe les uns et les autres. Puisque c’est de lui qu’il s’agit. L’acteur principal. Celui vers qui sont convergés, depuis ce temps, tous les regards, dans le cadre de la biennale.

L’avenir du Fitheb passe en effet, aujourd’hui, par l’installation d’un nouveau Comité d’organisation de la prochaine édition, Fitheb 2014. Un comité qui ne peut voir le jour qu’après la désignation par le Conseil d’administration, et la nomination en Conseil des ministres, du nouveau Directeur. Le mandat de l’actuel Directeur prenant fin en janvier prochain. Renouvellement donc.

C’est là le nœud qui fait couler, depuis peu, beaucoup d’encre et de salive. Conformément aux textes en vigueur, le Conseil d’administration a organisé, et est déjà venu au bout du processus de cette désignation, en la personne de Eric Hector Hounkpè, depuis le 24 juillet dernier. Il revenait au ministre de la Culture de faire nommer le nouveau Directeur en Conseil des ministres. Ce qui n’est pas fait. Deux mois déjà, et c’est toujours le statu quo. Et pour cause ! L’autorité a désapprouvé le travail fait par le Ca, et souhaiterait une reprise. Rappelons qu’entre temps, pendant que le processus était déjà lancé, le ministre a demandé au Ca d’arrêter. Une volonté du ministre et non des textes. Du moins ceux en vigueur pour l’heure. Et c’est justement sur ce, que le minitre et les administrateurs jouent, chacun de son côté,  leurs cartes. Les administrateurs, eux, sont collés aux anciens textes du Fitheb, en vigueur. Textes pour lesquels le ministre a lui-même demandé une relecture, en vue d’une nouvelle orientation conforme à la nouvelle vision pour la biennale. Nouvelle vision qui avait fait objet de Journées de réflexion à Grand-Popo, les 6 et 7 juin 2013. Ces textes sont déjà étudiés par le Ca, et envoyés au ministre. Sur ce point, la situation se trouve encore dans les mains du ministre. Il faut un arrêté avant l’application de ces textes. Et parlant d'arrêté ministériel, c’est tout un parcours de combattant.

Entre respect de textes et raison du plus fort

Aujourd’hui, le Ca, pour avoir travaillé conformément à ces textes, n’entend pas reprendre l’élection, tel que le souhaite le ministre. Celui-ci estimant que le Ca a outrepassé ses instructions, se sent bafoué dans son autorité. Et tient à affirmer cette autorité. Il compare la situation à une arme dont il détient la gâchette. C’était à Tori, le jeudi 05 septembre 2013, à l’occasion de la destruction d’œuvres phonographiques piratées, antérieurement saisies. Impossible donc, pour quelqu’un d’autre, a-t-il fait savoir, de le lui arracher. Certes, on nous miroite une volonté de donner une nouvelle orientation au Festival, mais la situation aujourd’hui, c’est un match entre respect de textes par des administrateurs, et affirmation de l’autorité d’un politique. Sinon, comment comprendre qu’au nom de nouveaux textes, encore dans les couloirs, qu’on souhaite mettre les choses en veilleuse, ou reprendre à zéro ? Conduisant doucement le Fitheb dans un vide juridique.

Le mandat du Conseil d’administration vient à terme en Décembre 2013. Ce qui va amener le ministre à la nomination d’un Administrateur provisoire. A la dépendance du ministère, certainement. Le caractère autonome du Ca du Fitheb se révèle aujourd’hui être, sur ce, l’un des facteurs qui gène certains intérêts et volontés.

Au-delà de la nomination ou pas d’un Administrateur provisoire, le plus important, c’est ce que sera le Fitheb 2014. Ou il n’a pas lieu, et ce serait une première. L’histoire retiendra que c’est sous le ministre Abimbola. Ou il a lieu, comme un non-événement. L’organisation d’une biennale étant une question de temps. On serait obligé de se lancer dans des improvisations, dans tous les sens, pour en fin de compte ne rien faire en réalité. Dans l’un ou l’autre cas, ce serait une honte pour le pays, occasionnée par le ministre et son entourage.

Le suspense a trop duré. Et il est temps qu’il soit levé. L’autorité a-t-il besoin de deux mois et plus, pour taper du point sur la table, si tant est qu’elle estime que le Ca a bafoué son autorité ? Il y a urgence qu’elle se trouve des moyens pour lever l’impasse dans laquelle ils ont voulu coincer le Festival depuis deux mois. Pour résoudre le problème qu’ils ont voulu créer. Occasionner un vide juridique pour en profiter, serait un signe de faiblesse, et non une affirmation du pouvoir de l’autorité. Le tireur met déjà trop de temps pour viser. La proie peut lui échapper.  

Le Fitheb, c’est une question de planning. Un mauvais timing ou une fausse note, diminueraient forcément l’impact de l’événement. Et déjà d’autres pays de la sous-région sont en train de lorgner du côté de ce rendez-vous international de théâtre que le Bénin accueille. A défaut de l’arracher, ils ont déjà d’autres initiatives, nées il y a quelques années, mais qui attirent les festivaliers et les bailleurs internationaux, au détriment du Bénin. Ce que le ministère ne doit pas perdre de vue. Il y a plus à faire. Et le dénouement de tout, c’est au ministre de la Culture, Jean-Michel Abimbola, de dévoiler enfin ses intentions, et le sort qu’il réserve en réalité au Fitheb. Pour l’heure, la vie et la mort du Fitheb sont entre les mains de Monsieur le Ministre.