La Nouvelle Tribune

Affaire Patrice Talon : jeu de ping-pong du gouvernement sur la sécurité du juge Houssou

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Jeu de courriers. C’est ce à quoi le gouvernement a soumis le juge Angelo Houssou, depuis que celui-ci a formulé, sur demande de son ministre de tutelle, la demande pour se voir attribuer les gardes du corps de son choix, pour sa sécurité.

Angelo Djidjoho Houssou n’est plus à présenter. C’est lui le juge du sixième cabinet d’instruction qui a rendu un double non-lieu, dans les affaires dites de tentatives d’empoisonnement et de coup d’Etat contre la personne du Président de la République, Boni Yayi. Cette affaire qui met aux prises, depuis octobre 2012, Boni Yayi et son ancien «copain», le richissime homme d’affaires Patrice Talon.

Et depuis le 17 mai, date à laquelle il a rendu ces ordonnances de non-lieu, le juge Angelo vit une situation sécuritaire exceptionnelle. Pendant plusieurs semaines, il était comme assigné en résidence surveillée, faisant aussi objet de filature systématique. Cette situation a mis en courroux l’Union nationale des magistrats du Bénin (Unamab) qui en a même fait l’un des points de revendication d’une grève de trois semaines, qu’elle a observée en juillet. Le juge Houssou avait réclamé que le dispositif «impressionnant» et «encombrant»  mise en place autour de lui, soit allégé. Il a aussi demandé à être associé aux différentes dispositions sécuritaires prises à son égard par le gouvernement. Mi-juillet, il a reçu du Garde des Sceaux un courrier lui demandant de suggérer lui-même les noms et le nombre d’officiers qu’il voudrait pour sa sécurité. «Mais, contre toute attente, et contrairement à ce qui a été tant souhaité, dans la soirée du mardi 16 juillet 2013, les éléments missionnés pour la garde à mon domicile se sont retirés, sans aucune espèce d’explication. Dans le même temps, le seul soldat affecté à ma garde rapprochée, et dont j’ai souhaité le maintien, m’a été retiré depuis le dimanche 28 juillet.» 

Procédure

Le juge Houssou a exprimé ses besoins, conformément à la demande de la ministre de la Justice par intérim de l’époque, Mêmouna Kora Zaki. Et dans une correspondance en date du 26 juillet, la ministre Kora Zaki indique au juge Houssou de transmettre «à la Haute Autorité chargée de la Défense Nationale, une correspondance faisant état» de ses besoins en sécurité.

Cependant dans une autre correspondance, la ministre de la Justice titulaire - du moins la désormais ex-ministre de la Justice depuis hier soir - a fait savoir au juge que la procédure indiquée pour avoir des gardes du corps, est qu’il s’adresse directement aux ministres de la Défense ou de la Sécurité publique. Dans ce courrier, en date du 02 août, Réckya Madougou explique : «Pour des raisons de célérité, contact a été pris avec le Commandant de la Compagnie Républicaine, dans le cadre du suivi. De ce contact, il résulte que l’article 9 du décret n°2008-454 du 14 août 2008 réglementant la mise à disposition des autorités et personnalités, des gardes du corps, prescrit que seule la personne en besoin de protection devrait saisir les autorités, en l’occurrence le ministre en charge de la Défense, ou celui en charge de la Sécurité Publique. Vous voudriez bien formaliser votre requête en direction de l’autorité ministérielle compétente.»

Le juge Houssou, s’est donc empressé de se conformer à cette prescription du décret de 2008, en adressant une correspondance de garde rapprochée à l’ex-ministre de la Défense nationale, Boni Yayi. De cet échange «interminable» de courriers entre le juge Houssou, l’ex- Garde des Sceaux, le Commandant de la Compagnie républicaine, l’ex-ministre de la Défense nationale, c’est la sécurité du premier qui est en jeu. Vivement plus de célérité et d’efficacité dans le traitement du dossier relatif à l’affection de gardes du corps au juge Angelo Houssou.