La Nouvelle Tribune

Bilan de la célébration tournante de la Fête de l’Indépendance à Abomey, on rumine la frustration de 2007, en attendant…

Espace membre

 

Abomey a abrité en 2007 les festivités officielles marquant la célébration de la Fête du 1er août. Mais, contrairement aux autres villes qui ont eu le même privilège, les années suivantes,  la cité historique n’a bénéficié d’aucune infrastructure. La réhabilitation annoncée par le gouvernement piétine. Frustrés, les Houégbadjavis espèrent qu’un autre 1er août viendra, mais cette fois avec  des milliards. Reportage.

Abomey. Un peu plus de cent kilomètres au nord de Cotonou. Le vent de mousson qui souffle sur la partie méridionale du pays bat son plein sur la cité historique, dans cette matinée du lundi 29 juillet 2013. Ces caprices de Dame nature n’empêchent tout de même pas les populations à sortir, ce premier jour de la semaine de travail, pour aller vaquer à leurs occupations. Fonctionnaires, artisans, commerçants, chacun essaie de dompter, à sa manière, ce vent trop frais. Qui pour aller à la recherche de sa pitance, qui pour être à l’heure au poste. A la place Goho, où nous nous sommes postés, entre autres, pour observer l’ambiance matinale dans la ville, la statue du roi Gbèhanzin s’impose, dans un jardin abandonné, où se déroule des travaux pour la construction d’un jet d’eau, nous dira plus tard un habitant de la ville. A Abomey, Chef-lieu des départements du Zou-Collines, c’est cette place Goho qui abrite chaque année les festivités officielles marquant la célébration de la Fête de l’Indépendance. Pourtant, à moins de quatre jours du 1er août 2013, aucun signe ne prouve que la statue de Gbèhanzin attend la cérémonie officielle.  Tout comme Cotonou. Qui doit pourtant abriter les festivités officielles au plan national. A la place Goho donc, ce lundi matin, pas de drapeau «vert-jaune-rouge», aucune action de salubrité, tout comme partout dans la ville. Morosité économique oblige. «Il y aura un service minimum, le premier août prochain. Il y a une morosité économique dans le pays et Abomey n’est pas épargnée», explique Gildas Agonkan, Chargé du développement local et de la planification à la Mairie d’Abomey. 

Le mauvais souvenir de 2007

Au sein de la population, quand on évoque la date du 1er août, cela rappelle  le souvenir de 2007. En 2007, un peu plus d’un an après son arrivée au pouvoir, Boni Yayi a initié la célébration tournante du 1er août dans les chefs-lieux des 12 départements du Bénin. A savoir, Abomey (Zou-Collines), Parakou (Borgou-Alibori), Lokossa (Mono-Couffo) Porto-Novo (Ouémé-Plateau) et Natitingou (Atacora-Donga).

Après Abomey en 2007, les autres villes ont été à l’honneur, respectivement en 2008, 2009, 2010 et 2011. Chaque fois qu’une ville est au programme, le gouvernement lui alloue, sur le Budget national, un fonds pour la réalisation d’infrastructures. Aménagements de places, construction de routes, construction ou réaménagement d’infrastructures sportives et de villas présidentielles, assainissement général…

Pour le cas d’Abomey, la décision a été prise à deux mois de l’événement. Conséquence, la ville n’a bénéficié d’aucune infrastructure dans le cadre de la célébration. «La célébration du 1er août 2007 à Abomey n’a profité en rien aux Aboméens, regrette Dovonou Marcellin, mécanicien. C’est comme si on nous avait juste dupé.» Chez Guèdègbé Isaac, conducteur de taxi-moto rencontré au marché Houndjroto - le plus grand marché de la ville - c’est beaucoup plus de la désolation. «On a vu ce que le Chef de l’Etat a promis, par exemple aux zem. Il a promis nous trouver du travail, mais il ne l’a pas fait.» «Il l’a même dit en mangeant du "atassi" avec nous», ajoute-t-il sur un ton ironique, mais marqué d’amertume. Son collègue et compatriote Cyriaque, cultivateur et Zem, s’adonne à un petit exercice de comparaison : «J’étais à Lokossa en 2009, quand  la Fête du 1er août  a été célébrée. Mais, la célébration à Lokossa est différente de ce qui a été faite ici à Abomey. A Lokossa, le 1er août 2009 a laissé des signes dans la ville.» Un autre citoyen, rencontré au bord de la voie principale qui traverse le quartier Djimè, renchérit sous anonymat : «J’ai travaillé sur des chantiers construits dans le cadre du 1er août à Natitingou. Il y a eu beaucoup de réalisations.» Sur un ton moqueur et incrédule, il conclut : «Ici à Abomey, j’ai constaté qu’il y a eu seulement la réalisation de la jarre trouée, placée sur de petites barres de fer. Un truc qui a sans doute couté 25 000 F Cfa.» Béhanzin Philomène en profite pour lancer son cri de cœur : «Ils ont stocké ici des tas de sable. Depuis, quand il pleut, notre maison est inondée. Ici à Djimè, ils n’ont même pas fait peindre nos murs en 2007.»

On espère toujours

Djimè. C’est ce quartier, sur la voie principale en face de la rue menant au Palais royal privé du roi Béhanzin. Djimè a abrité la cérémonie officielle du  1er août 2007 à Abomey.  Sur cette place où habite Béhanzin Philomène, aucun signe particulier que le Président Boni Yayi et toute la délégation officielle qu’on connaît, y était en 2007 pour le défilé militaire, les discours et autres. Le Chargé du développement local et de la planification à la Mairie d’Abomey reprend, à sa manière, le sentiment général des populations : «Globalement, à part la liesse populaire et l’effet festif, je ne garde aucun autre souvenir important du 1er août célébré à Abomey.  Il n’y a eu aucune infrastructure qui soit le legs de la fête. A vrai dire, nous avons servi de cobayes. En termes d’investissement, Abomey n’a pas encore eu son 1er août. Nous - populations et autorités - attendons toujours notre 1er août. » Il est allé dans le même sens qu’une dizaine de députés. Ce sont Aké Natondé, Yacoubou Malèhossou, LucienHoungnibo, Gilbert Dangnon, Sofiath Schanou, Justin Sagui Yotto, Boniface Yèhouétomè  et Gaston Yorou.

En janvier 2012, à travers une question d’actualité, ces députés ont interpellé le gouvernement sur le cas spécifique d’Abomey. Demandant au gouvernement d’œuvrer pour «réparer l’injustice» faite aux populations du Zou-Collines.

Mais après Nati 2011, les festivités officielles marquant le 1er août se tiennent à Cotonou. Et ce de manière «sobre». La morosité économique a pris par là. Mais les populations des départements du Zou-Collines, et particulièrement celles d’Abomey, espèrent toujours.

Extrait de la question d’actualité des députés au Gouvernement

« … Les populations des départements du Zou et des Collines se sont senties défavorisées, parce que l’édition 2007 de la Fête Nationale, qui s’est déroulée à Abomey, n’a pas été accompagnée d’investissements du Gouvernement dans les deux départements.  Quelles dispositions prend le gouvernement pour organiser cette année la Fête du 1er Août dans la ville d’Abomey, et accompagner effectivement cette manifestation de construction d’infrastructures au profit des départements du Zou et des Collines, pour corriger un tant soit peu la frustration que ressentent les populations du Zou et des Collines.

Porto-Novo, le 06 janvier 2012…»

Léonce Gamaï, envoyé spécial à Abomey