La Nouvelle Tribune

Que cache le silence des députés dits de l’opposition ?

Espace membre


Hier au Parlement, les députés dits de l’opposition semblent avoir donné leur langue au chat. Contrairement à leur habitude depuis quelques mois, ils sont subitement devenus plus sages, comme s’ils s’étaient résolus à accorder quelque répit au président de l’institution, Mathurin Nago.

En fait, d’aucuns s’attendaient à les entendre titiller de nouveau le gouvernement sur la prise des ordonnances et la persistance de  la non-installation par le gouvernement de certains  conseils communaux. Cette pause serait-elle alors stratégique ? Rien n’est moins sûr. Car il faut reconnaitre que les députes ne pouvaient tout de même pas continuer à bloquer éternellement les activités à l’Assemblée nationale. Le moment viendra où ils seront contraints à revenir à la mission qui est dévolue à l’institution dont ils sont membres.   Qu’ils décident donc de s’accorder  une transition peut s’analyser diversement. Soit ce recul est le fruit des tractations secrètes avec le pouvoir pour calmer la tension, soit c’est un choix délibéré pour pouvoir revenir plus fort et plus efficace. En outre, on doit reconnaitre que le Parlement n’est pas  en réalité le siège de l’opposition. Les députés y sont pour une mission déterminée : voter les lois et contrôler l’action du gouvernement. Donc à un moment donné, il est de bon ton que les partis politiques prennent le relais  et jouent également leur partition. Ce qui n’est malheureusement pas le cas actuellement.
C’est ici le lieu de dresser une nouvelle fois le constat selon lequel les partis au Bénin continuent  à rester en marge du rôle qui est le leur, celui de l’animation de la vie politique. Pendant tout le temps que des députés se sont soulevés pour dénoncer la non-installation de certains conseils communaux et autres dérives du pouvoir du changement, aucune formation politique  n’a cru devoir mener la moindre action d’envergure pour interpeller le régime en place. En principe, il leur revient normalement d’occuper le terrain, d’expliquer aux populations le bien-fondé des protestations de leurs représentants à l’hémicycle. Au lieu de cela, c’est plutôt à un silence de mort que l’on a assisté sur le terrain.
On est donc curieux de savoir quelle sera la suite des événements au Parlement, en ce qui concerne surtout  le comportement des députés G13, G4 et Force clé, qu’on se permet de considérer, à tort ou à raison, comme formant l’opposition au pouvoir de Yayi. Le contrôle de l’action gouvernementale exige des parlementaires qu’ils sont, autant que leurs autres collègues,  qu’ils demandent régulièrement des comptes à l’exécutif sur les actions qu’il mène. Dans ce cadre, ils doivent pouvoir aller au bout de leur logique en obtenant du pouvoir l’installation effective de tous les   conseils communaux. On ose croire que l‘attitude d’indifférence apparente qu’ils ont affichée au sein de l’Hémicycle hier n’est pas l’expression d’un défaitisme  ou d’un accord secret sur fond de marchandage avec le pouvoir du changement.
Alain C. Assogba