La Nouvelle Tribune

Chronique: Soutenir la résistance 2

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Malheur à ceux qui faussent la mesure ou le poids !
Qui, en achetant, exigent une mesure pleine
Et qui, quand ils mesurent ou pèsent aux autres, les trompent.
Le Coran, Sourate LXXXIII, 1-2-3. {joso}Que l’économie ne soit pas une science exacte, on l’avait déjà appris. Qu’elle ne soit pas, maintenant, au Bénin, une science du tout, voici deux ans que le gouvernement ne cesse de nous le suggérer. Et pour quelle raison devons-nous nous taire et subir cela ? Par quelle autorité nous demande-t-on de souffrir tranquillement en observant une petite horde utiliser nos sous pour se dresser contre nous ? Quels sont les arguments de ceux qui prônent un certain changement pour mieux creuser les écarts ?
Si l’on veut parler de chiffres, parlons-en. Combien d’Etats connaît-on au monde où, au sein d’une même administration, et en tenant compte uniquement de ce qui est révélé, de ce qui est officiel, l’écart entre les salaires dépasse six mille huit cents pour cent (6 800 %) ? Et comment pense-t-on ainsi lutter contre la pauvreté ? Au-delà des diplômes, il y a une logique des choses, élémentaire, et il n’y a que deux types de personnes qui sont incapables de comprendre cela : ceux qui ne veulent pas comprendre, pour une raison qui leur est intime, et ceux qui, malheureusement, ne sont pas nés pour discerner. Voilà pourquoi j’indiquais que les revendications syndicales actuelles doivent être une aubaine pour le gouvernement. Parce qu’elles sont molles. Parce qu’elles ne tiennent même pas compte de la vraie mesure des choses. Parce qu’elles répondent juste à une urgence incontournable et, sans être stratégiques, représentent tout simplement la manifestation d’un instinct de survie.
Comparons de manière froide et sans passion, les salaires des individus entre 1990 et aujourd’hui, et évaluons la progression. Comparons ensuite les prix (essence, denrées alimentaires, loyers…) entre ces deux périodes et évaluons la progression. On remarquera aisément que d’une part les salaires, déjà insuffisants à l’époque, n’ont pas doublé, pour un pourcentage d’agents moins important et que, de l’autre, les prix ont augmenté pour plus deux cent cinquante à quatre cents pour cent (250 % à 400 %). Donc que les travailleurs sont devenus beaucoup plus pauvres aujourd’hui. Et pourtant, en 1990, alors que la crise était si grave au niveau mondial qu’elle a réussi à désintégrer des puissances (Union Soviétique), à faire tomber le mur de Berlin…, les Béninois ont refusé d’entendre l’argument de la conjoncture mondiale devant le non paiement de leur salaire au moment où certains pays comme le Cameroun diminuaient sensiblement ce même salaire sans pouvoir véritablement les honorer. Les Béninois ont exprimé clairement qu’ils ne voulaient pas d’un gouvernement qui subit mais qu’ils exigeaient des solutions. Ces solutions ont été politiques avant d’être économiques. Le prétexte de la mondialité n’est politiquement valide. Ou on est capable d’affronter les crises, ou on en est incapable et on va exercer ses compétences dans des domaines où elles sont avérées.
Voici, outre les bakchichs incontournables pour débloquer des situations données à chaque étape de son exercice et sans tenir compte des impositions imprévues que les humeurs municipales ou étatiques pourraient susciter, la quantité de taxes auxquelles un entrepreneur privé est soumis au Bénin : la souscription d’une déclaration d’existence et l’immatriculation, l’impôt BIC, le BNC, l’IRC, l’IRVN, la TIL, l’IGR, la TVS, les impôts et charges de l’employeur assis sur les salaires… Et il faut ajouter à cette fiscalité déjà insoutenable, ce que nous payons tous à l’Etat, quelle que soit notre condition, lorsque nous nous retrouvons dans la situation : les impôts et taxes à la charge de l’employé, la TVA, la vignette, la licence, la TFU, la patente, la TPU, la taxe sur les jeux de hasard, les taxes visant les banques et les compagnies d’assurance, les taxes ad Valorem frappant par exemple le ciment, le tabac, les cigarettes, le textile, la farine de blé, les boissons alcoolisées, les savons, les boissons non alcoolisées, les hydrocarbures, le pétrole, le gasoil, l’huile et les corps gras alimentaires, les produits de parfumerie et de cosmétique, les péages, l’AFS. J’omets les amendes sur retard, les dépenses normales et les dépenses de corruption pour chaque papier des dossiers. Et je ne me hasarde pas sur le terrain du port et de la douane où, soit dit en passant, le scandale d’une partie des recettes détournées a frayé la chronique dernièrement.
On en conclut que l’Etat étouffe l’activité économique, que l’Etat handicape toute possibilité d’investissement, que l’Etat arnaque le citoyen, vu les conditions actuelles de la redistribution. Et le changement auquel la plupart des entrepreneurs ont aspiré, c’est une simplification et une rationalisation de toute cette fiscalité étouffante, aux fins de réaliser des rêves d’activités et de développement. Au contraire, les quelques uns qui arrivaient déjà à s’en sortir, au prix de quelques combines et tricheries, commencent à capituler, le régime actuel n’étant efficace que dans le recouvrement et il faut lui reconnaître ce mérite. Mais si l’on veut parler de chiffres, l’on ne peut aboutir à une conclusion autre que celle de la faillite du régime dit du changement dont la principale action a été de retourner contre lui la grande masse des électeurs crédules en amplifiant leur souffrance dans une ambiance d’arrogance, de violence médiatique, d’insécurité, d’improvisation économique, de pagaille politique.

Camille Amouro{/joso}