La Nouvelle Tribune

Le centre afrika obota réclame une justice équitable pour les accusés de la presummée tentative d’empoisonnement du Chef de l’Etat

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Le 22 octobre 2012, les populations béninoises ont été informées d’une affaire de tentative d’empoisonnement du Chef de l’Etat par le Procureur de la République et le Commissaire Central de la ville de Cotonou.

Au regard de la gravité des accusations et des personnes en jeu, notamment la personne du Président de la République, les animateurs du Centre Afrika Obota se sont abstenus de tout commentaire préférant, comme à l’accoutumée, faire confiance en la justice pour la clarification, en toute indépendance, de cette rocambolesque affaire qui entache l’honorabilité du pays tout entier. Malheureusement, l’enchainement des événements ne nous rassure plus d’un traitement équitable et impartial de ce dossier qui a tout l’air de devenir un combat de Goliath contre David. D’un coté, le Président de la République, Chef de l’Etat, Chef du Gouvernement, Chef Suprême des Armées, Ministre de la défense et Président du Conseil Supérieure de la Magistrature, principal accusateur et ses innombrables soutiens d’un coté, et de l’autre, les inculpés, citoyens ordinaires, seuls avec leurs familles, et déjà condamnés par une opinion publique acquise.

En effet, depuis l’éclatement de l’affaire, on note dans tout le pays, une explosion de manifestations, de marches, de prières de défilés et de séances de consolations au palais et au domicile du chef de l’Etat, de ses partisans et de certains responsables d’institutions de la République pour aller présenter leurs compassions à la présumée victime. Ces manifestations abondamment relayées par les medias, notamment l’ORTB (organe de service public ) donnent l’occasion à certains manifestants de proférer des menaces et des propos haineux à l’encontre des inculpés. Le chef de l’Etat, par ailleurs Président du Conseil Supérieure de la Magistrature, en recevant les manifestants se prononce sur l’affaire pourtant pendante devant la justice. Pire, ce dernier devance la justice, et établit des similitudes graves entre cette affaire d’empoisonnement et le génocide rwandais. Tout ce déploiement dans les medias n’émeut guère la HAAC pourtant prompte à interdire des émissions jugées déséquilibrées en défaveur du chef de l’Etat. Les présumés coupables sont ainsi déjà

condamnées par une opinion publique, soumise à un acharnement médiatique, déséquilibré et disproportionné.

C’est dans ces conditions que les avocats des inculpés Dr Ibrahim Mama Cisse et de dame Kora Zouberath, ont, au cours d’une conférence de presse publique porté à l’attention des populations, les pressions faites sur les inculpés pour leur faire signer des déclarations contre leur gré, tandis que l’armée a procédé allégrement à l’extraction du médecin militaire de sa cellule aux fins de comparaitre devant un conseil de discipline, alors même que la culpabilité du mis en cause, ni la réalité des faits ne sont encore avérées. La décision prise par ledit conseil de discipline aux dires du General Kokou Semegan, Directeur de Cabinet du Ministre de la Défense est soumise « à l’autorité en charge de la défense » qui se trouve être à nouveau le chef de l’Etat, ministre de la défense, Chef Suprême des Armées, et principal plaignant. Ainsi, l’accusateur se retrouve être l’unique et dernier juge de l’accusé et ce, sans avocat ni témoin. Il s’ensuit que tous ces agissements ne garantissent nullement aux accusés une justice équitable et menace gravement le principe sacro-saint de la présomption d’innocence pourtant inscrite dans notre constitution. .

Face à ces situations, les animateurs du Centre Afrika Obota réunis ce jour, jeudi 13 décembre 2012 en conseil national, ont décidé de porter à la connaissance de la communauté nationale et internationale, les observations suivantes :

- Le traitement qui est fait aux inculpés dans l’affaire de la présomption de tentative d’empoisonnement du chef de l’état est inéquitable et constitue une violation flagrante des droits de l’homme ;

- L’attitude et les déclarations des manifestants, prieurs, pleureurs et ‘’compassionneurs’’ du chef de l’Etat sont des pressions directes et indirectes faites sur la justice ;

- La posture adoptée par le chef de l’Etat qui accueille chaleureusement les manifestants et répond à leur déclarations est antinomique avec le double statut de plaignant et de garant de l’indépendance de la justice qu’il est au terme des dispositions de l’article 127 de la constitution ;

- Les procédures parallèles initiées par l’armée sous la responsabilité du chef de l’Etat ministre de la défense ne garantissent pas l’impartialité d’un jugement pour le médecin militaire;

- Le silence de la HAAC devant les diffusions et rediffusions de marches, prières, visites de compassions diffusées quotidiennement est incompréhensible et injuste;

De l’analyse croisée de ce qui précède, les animateurs du Centre Afrika Obota manifestent leurs inquiétudes quant à une justice impartiale et équitable et se demandent le sort qui sera réservé au sieur Patrice Talon en cas d’extradition. Ils notent qu’aucun jugement équitable ne pourra être prononcé dans cette sombre affaire tant que le principal plaignant aura les prérogatives actuelles sur la justice et l’armée. C’est pourquoi, les animateurs du CAO :

Exhortent le chef de l’Etat à se débarrasser de ses multiples casquettes pour garantir le triomphe de la vérité et de l’équité dans ce dossier ;

Supplient la HAAC de garantir la liberté des médias de façon équitable et sans partie pris ;

Invitent le gouvernement à donner un contenu concret au principe de la séparation des pouvoirs et à laisser la justice faire son travail dans la sérénité ;

Appellent les soutiens multiples et multiformes du Chef de l’Etat à garder à l’esprit que seule la justice est habilitée à condamner un citoyen quelle que soit la gravité des faits qui lui sont reprochés ;

Invitent les populations à garder leur calme et de ne pas céder à la peur panique intentionnellement distillée dans l’opinion, pour justifier une forfaiture en préparation;

En tout état de cause, les animateurs du Centre Afrika Obota ne cautionneront aucune parodie de justice au Benin.

Fait à Cotonou, le 13 décembre 2012
Le Secrétaire National
Urbain AMEGBEDJI