La Nouvelle Tribune

Création d’une Agence béninoise des grands travaux : pourquoi le Syntra-Tp s’y oppose

Espace membre

Invité de l’émission «Pour ou contre» de la chaîne privée de télévision «Golfe Tv» de ce jeudi sur le sujet à polémique de création d’une «Agence béninoise des grands travaux», Jacques Ayadji, 1er Secrétaire général adjoint du Syntra-Tp avait face à lui, Maxime Houédjissin, Directeur Général de l’Archa.

Créer ou ne pas créer l’«Agence béninoise des grands travaux»? C’est la question qui divise depuis peu, les agents de développement du pays qui, pour la plupart, sont opposés à cette idée du Chef de l’Etat. Et Jacques Ayadji, 1er Sga du Syndicat des travailleurs des travaux publics fait partie de ceux-là qui pensent que le projet est «suicidaire» pour le pays. Selon Jacques Ayadji, la procédure est le premier problème que pose le projet qui, en plus est «exclusionniste». «Les principaux ministères qui exécutent les grands travaux publics n’ont pas été associés à la procédure», dénonce le syndicaliste pour qui la non connaissance des véritables problèmes du secteur, du fait de l’absence d’un audit des structures contractantes est l’autre incohérence. Si le 1er Sga Ayadji reconnaît qu’il y a lenteur dans la procédure de passation des marchés publics, il rejette l’idée de la mise sur pied d’une autre «agence budgétivore» comme l’est l’Agence pour la réhabilitation de la cité historique d’Abomey (Archa). Pour lui, la lenteur est le fait du non respect des textes, notamment du code des marchés publics et de ses décrets d’application. Se basant sur les «contre-performances» de l’Archa, qui pour des travaux devant être exécutés dans un délai de six (6) mois, ont duré plus de vingt (20) mois, Jacques Ayadji démontre que l’Agence ne servira à rien que d’absorber inutilement l’argent du contribuable béninois. L’Archa «ne fait rien». L’appel d’offre, le choix des entreprises d’exécution des travaux, des bureaux de contrôle, relèvent des prérogatives d’une autre structure (l’Agetur en l’occurrence) alors que le budget de fonctionnement de l’Archa est estimé à 22% du coût des travaux. Quelle est l’opportunité d’une nouvelle agence budgétivore? Quelle est la valeur ajoutée de l’Archa dans le développement de la cité historique d’Abomey? Pourquoi voulons-nous expérimenter ce qui a échoué ailleurs? Jacques Ayadji pense que «l’Agence n’est pas un mot magique pour régler tous les problèmes». C’est pourquoi il propose l’audit organisationnel de toutes les structures qui travaillent dans l’administration des Tp. Il appelle à l’application rigoureuse du code des marchés publics. Le 1er Sga, Ayadji, souhaite également que les ministères soient responsabilisés et que l’avis de la Direction Nationale du Contrôle des Marchés Publics soit réputé être obtenu après le délai de 7 jours ouvrables prévu par le décret portant attribution, organisation et fonctionnement de cette Direction. Il souhaite également que les Directeurs Départementaux du Contrôle des Marchés Publics soient nommés conformément au Code des marchés publics pour soulager la seule Direction Nationale du Contrôle des Marchés Publics.

«…Il faut laisser aller…»

Si Jacques Ayadji est farouchement opposé à l’idée d’une «Agence béninoise des grands travaux», chez Maxime Houédjissin, c’est le contraire. Pour le Directeur de l’Archa, «l’idée de créer une agence est venue dans la tête du Chef de l’Etat, il faut le laisser aller». Car, «le Chef de l’Etat sait pourquoi, il veut le faire». Mieux, l’Agence jouera un rôle de régulateur, selon Houédjissin, dans le domaine des Tp qui est empreint à la corruption, à l’inefficacité, à l’abandon des travaux et à la lenteur des procédures. Maxime Houédjissin pense également que l’«Agence béninoise des grands travaux» qui sera placée sous l’autorité directe du Chef de l’Etat, permettra de régler bon nombre de problèmes notamment la question de la lenteur. «Dans une agence tout est défini. On peut ouvrir un dossier aujourd’hui et le fermer aujourd’hui. On peut prendre une décision aujourd’hui et l’exécuter aujourd’hui», argumente le patron de l’Archa qui dit vivre une expérience «merveilleuse avec son agence». Pour cela, il pense que le «Chef de l’Etat qui connaît tout a été très bien inspiré». Pour lui, même si tout le peuple béninois est contre ce projet, le Chef de l’Etat qui est le seul élu de la Nation doit le mettre en œuvre envers et contre tout.

Réagissant au caractère budgétivore de son Agence, il cite, sans donner les références, une loi qui octroie une dotation initiale à toute structure créée par l’Etat quelle que soit sa taille. «J’ai bien pris les 500 millions parce que la loi est au-dessus de l’Etat» a-t-il déclaré. Pour finir, il a recommandé au Chef de l’Etat de faire fi des critiques et de créer d’abord l’Agence.