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Des courants de pensées se liguent contre Boni Yayi
Le président Boni Yayi est actuellement mis en difficulté par des regroupements socio-politiques même contre nature qui étonnent. Par sa stratégie, il a fini par avoir tout le monde au dos. Des erreurs politiques ? Le chef de l’Etat est pratiquement seul contre tous aujourd’hui. En moins de deux ans d’exercice du pouvoir, le messie d’hier qui était accueilli comme une mangue en avril 2006 a fini par décevoir plus d’un. Même ceux qui l’avaient porté au pouvoir ont commencé par déchanter. Comme on dit que l’ennemi de mon ennemi est mon ami, les pôles presque irréconciliables dans le passé ont préféré taire leurs querelles pour se liguer contre le président Boni Yayi. Le premier miracle s’est produit en mars dernier au palais de sports de Cotonou, quand des partis politiques comme le Parti du renouveau démocratique (Prd) de Me Adrien Houngbédji, le Parti social-démocrate (Psd) de Bruno Amoussou, le Mouvement africain pour la démocratie et le progrès (Madep) de Séfou Fagbohoun et la Renaissance du Bénin (Rb) de Soglo, pour la première fois dans l’histoire politique du pays, se sont unis pour faire une déclaration commune contre le gouvernement. En somme, la classe politique est en guerre contre le régime en place contre les menaces qu’il fait planer sur les libertés syndicales et démocratiques. La gestion des ressources publiques à des fins politiciennes était aussi au menu. En dehors de la classe politique, on observe encore une unité syndicale contre le gouvernement actuel. Ces derniers mois, l’opinion publique s’étonne de voir Gaston Azoua de la Confédération syndicale des travailleurs du Bénin (Cstb), Pascal Todjinou de la Confédération générale des travailleurs du Bénin (Cgtb), Dieudonné Lokossou de la Centrale des travailleurs du Bénin (Csa-Bénin), Georges Kakaï Glèlè de Confédération des organisations syndicales autonomes (Cosi) en train de marcher contre le gouvernement, alors que ces structures étaient antagonistes dans le passé. Ces organisations syndicales ont compris qu’il faut leur unité pour faire face au régime du président Boni Yayi qui est en train de les conduire peut-être vers le mur. De même, la société civile composée pour la plupart d’intellectuels est déçue et attaque le chef de l’Etat qu’il avait pratiquement fait en 2006. Les Béninois se souviennent que cette couche sociale avait lutté farouchement contre la révision de la Constitution qui a favorisé l’arrivée au pouvoir du président Yayi. La dernière déclaration des organisations de la société civile contre la vie chère est en une preuve.

Conséquences

La classe politique, les syndicats et la couche des intellectuels sont des courants de pensées qui font et défont les pouvoirs politiques. Ils ont un pouvoir dans l’orientation du peuple qui ne fait souvent pas une analyse approfondie des situations. L’histoire de l’humanité en dit long. Pendant la période révolutionnaire, le régime dictatorial de l’ancien président de la République, Mathieu Kérékou, a été combattu par les syndicalistes. C’est grâce à la lutte syndicale que la conférence des Forces vives de la nation a été convoquée et a abouti à la démocratie. De même, le régime du président Soglo a été renversé démocratiquement en 1995 par ces couches politico-sociales. Même en 2006, le président Yayi doit sa victoire aux efforts de la société civile et d’une bonne partie de la classe politique. Pour s’en convaincre, il a suffi seulement que la classe politique et les syndicats commencent par se mobiliser contre le gouvernement actuel pour que la popularité du chef de l’Etat chute drastiquement. Pour preuve, le régime en place a dégringolé aux dernières élections communales et municipales. C’est dire qu’il faut s’assurer du soutien de la classe politique, les syndicats et le monde des intellectuels pour avoir la maîtrise du pouvoir, sinon le président Yayi risque de gouverner debout, c’est-à-dire qu’il va gérer uniquement des crises jusqu’à la fin de son mandat au détriment des défis de développement. Mais pour l’heure, le chef de l’Etat est sur la mauvaise piste. Peut-être qu’il faut changer.

Jules Yaovi MAOUSSI