La Nouvelle Tribune

«La volonté de moralisation de la vie publique doit venir des acteurs politiques», dixit Topanou

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Hier sur Zone France Topanou ancien ministre de la Justice s’est prononcé sur la fraude électorale et la lutte contre la corruption, la Lépi et la question des concours de recrutement dans la fonction publique.

«Nous sommes dans un système de redistribution de la richesse nationale par la corruption», c’est, en substance, en ces termes que Victor Topanou, le président du nouvellement créé Front Uni pour la République (Fur) a caricaturé la vie publique béninoise.  C’était hier sur l’émission dominicale Zone Franche de la chaîne de télévision privée Canal 3 Bénin. Pour ce professeur de droit, parlant de corruption et d’impunité, au Bénin, la situation est de sorte qu’ «à un moment donné, les citoyens ont l’impression que ceux qui volent ne sont pas sanctionnés.»  Il a rappelé que les deux premières années de l’arrivée au pouvoir de Boni Yayi, celui-ci a mis une pression morale et psychologique sur ses collaborateurs pour qu’ils comprennent la direction qu’il voulait donner à son action. «En 2008, il y a eu un changement avec le dossier Cen-Sad qui a donné l’impression au citoyen que rien n’a changé», s’est-il désolé. Il faut, donc, prendre des mesures concrètes concernant la lutte contre l’impunité et le financement de la vie publique.  Pour ce qui est de l’impunité, «il n’y a pas que les sanctions judiciaires, il y a aussi des sanctions politiques et administratives dont les procédures sont prévues.»  A propos de l’éradication de la fraude électorale, ce professeur de droit public international suggère qu’on confie l’organisation des élections au Ministère de l’Intérieur comme c’était le cas avant la création de la Cena. « Avec la Cena, on est parti de la méfiance envers le Ministère de l’Intérieur à la fraude institutionnalisée. Finalement on cherche à aller à la Cena pour se faire de l’argent.», a-t-il avancé pour justifier sa thèse. Il faut,  selon lui, rétablir la confiance entre les hommes politiques et les populations en faisant disparaitre l’argent des élections.

«Il faut se donner le temps pour corriger la Lépi»

La liste électorale permanente informatisée (Lépi) a été conçue, selon les propres termes de Topanou, pour répondre à la question de la fraude électorale. «Il est  donc inadmissible que la Lépi puisse servir de fraude», a-t-il déduit. Il soutient qu’on doit «nous montrer la Lépi en la publiant sur internet comme l’exige la loi.» Pour la correction du fichier électoral, « il faut se donner le temps pour corriger la Lépi », puis aller aux prochaines élections municipales avec une autre liste. 
Victor Topanou n’a pas voulu rester muet sur la polémique autour des concours de recrutement dans la fonction publique avec la question du régionalisme qu’elle soulève. «Depuis des décennies dans notre pays, le débat sur le mérite a été biaisé et se fait en terme de régionalisme : une règle non écrite de quota. Ce qui fait qu’au Bénin on peut avoir 06 comme moyenne et être admis alors que dans d’autres pays avec 15 ou 16 comme moyenne on échoue», a-t-il déclaré à cet effet. Avant d’avertir : «il faut poser de manière publique le problème.» Car « sans le savoir, on crée des frustrations qui s’accumulent.»