La Nouvelle Tribune

Le Pcb propose un gouvernement patriotique de transition

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La situation sociopolitique actuelle continue de susciter des réactions. La dernière en date vient du Parti communiste du Bénin(Pcb). 

Après avoir  constaté l’échec de la gouvernance Yayi, Philippe Noudjênoumè propose qu’il faut remplacer le gouvernement du président Boni Yayi par un gouvernement patriotique cde transition qui fasse l’exact opposé des pratiques du pouvoir actuel. 

ADRESSE

- Aux Organisations Patriotiques des Travailleurs, des Jeunes, des Femmes, de Défense des Droits de l’Homme,
- Aux  Confessions Religieuses et toutes autres Organisations de la Société Civile
- A  tous mes Concitoyens,
Notre Pays va mal !
Dans un sursaut patriotique, levons-nous pour le sauver.

L’actualité fourmille de déclarations sur la situation nationale et spécialement sur la gouvernance de notre pays.
De façon quasi unanime le constat est le même : « Gestion du pays : Ca va mal ». Dans les marchés, les écoles, les foyers, les champs, les administrations, les entreprises, les casernes, partout on entend : « Ca va mal ! La vie est dure ! On n’en peut plus ! » Le peuple halète de faim, de misère, de maladies. Le mal-vivre est généralisé.
Cela depuis près de deux ans et notamment depuis un an mon Parti, le Parti communiste du Bénin le dit  et a lancé à maintes reprises le signal d’alarme. Moi-même en qualité de Premier Responsable de ce Parti, à travers des Adresses multiples au peuple, j’ai appelé à se lever pour mettre un arrêt à la dérive du pouvoir en place. Les Organisations de la Démocratie révolutionnaire, la Confédération Syndicale des Travailleurs du Bénin (CSTB), la Fédération des Syndicats des Travailleurs de l’Administration des Finances (FESYNTRA-FINANCES), l’Organisation de Défense des Droits de l’Homme et des Peuples (ODHP) l’ont dit, ont exprimé à maintes reprises leur opposition à la gestion actuelle du pays par des conférences, meetings, sit-in marches, grèves. Pendant plus de six mois, les travailleurs des Finances ont dénoncé la disparition inexpliquée jusqu’à ce jour d’un haut Cadre de leur Ministère (DANGNIVO) par des mouvements de protestations diverses. Diverses catégories de travailleurs, de Jeunes, de Femmes, à la ville comme à la campagne, individuellement ou à travers leurs organisations, n’ont jamais courbé l’échine face à la dictature rampante en œuvre. Cela n’est pas nouveau et c’est d’ailleurs ce qui constitue l’une des composantes de la crise actuelle constatée par tout le monde.
Mais ce qui est nouveau actuellement, c’est la prise de position de certaines institutions et personnalités qui apparemment jusque-là s’étaient claquemurées dans un silence inexplicable ou qui, jusque-là, se sont montrées les plus fermes défenseurs du système. Il s’agit de l’Eglise catholique dans ses triples expressions : celle de la Déclaration de l’Institut des Artisans de Justice et de Paix animé par l’abbé Raymond Bernard GOUDJO, Secrétaire de la Commission Justice et Paix RECOWA/CERAO (Conférence Episcopale de l’Afrique de l’Ouest) en date du 19 Juin 2012 ; celle de  l’Aumônerie Nationale des Cadres Catholiques qui a organisé les 28, 29, 30 juin 2012 les « Assises Catholiques sur l’engagement du Chrétien dans la Cité » ; celle moins connue parce que moins médiatisée du Vénérable Abbé Alphonse Benoît QUENUM intitulée « Démocratie au Bénin, Où en sommes-nous et où allons-nous ? » publiée dans « La Croix du Bénin » n° 1152 du 29 Juin 2012. Il s’agit aussi  de la «Déclaration de l’Ordre des Avocats du Bénin sur l’Etat de la Nation et le Respect des Droits humains » en date du 22 Juin 2012. Il s’agit enfin de la « Correspondance » adressée par le Médiateur TEVOEDJRE à YAYI Boni pour exprimer ses inquiétudes sur la manière dont il gère le pays et proposer un forum national.
Quels sont les éléments essentiels de ces prises de positions ?
Le dénominateur commun des diagnostics établis par ces prises de positions peut se résumer en ces mots : «  Le Bénin va mal », « le bateau Bénin est en dérive et donc en péril ». Les déclinaisons de ce  malaise général sont les suivantes :
1°- Nous sommes en face d’une dictature (« dictature de la démocratie ??!!! » comme dit l’abbé GOUDJO) avec les caractéristiques suivantes que sont ; répression des syndicats et autres associations « réduits au silence » ; graves atteintes aux droits humains ;  inexistence du dialogue social ;
2°-Dégradation poussée de l’état économique et de l’environnement des affaires avec le harcèlement des opérateurs économiques nationaux ;
3°- Règne des contre-valeurs telles la corruption généralisée, l’impunité, aggravation de la malhonnêteté… ;
4°- Face à cela tout le monde se tait, se résigne par la peur ;
5°- Il faut un sursaut patriotique, un « engagement du chrétien dans la politique » pour sauver le bateau Bénin en déperdition.
Chers concitoyens,
Malgré leur retard à reconnaître le mal-vivre de la population entraîné par une gouvernance chaotique, déprédatrice et autocratique qui est celle de YAYI Boni, l’on ne peut que se réjouir de ces prises de positions et dire à leurs auteurs « Mieux vaut tard que jamais ! » et « Il n’est jamais trop tard pour bien faire ». D’autant plus que le diagnostic fait sur la situation présente du pays ne fait l’ombre d’aucun doute, même par des dignitaires du pouvoir en place. Ce qui doit importer ici c’est ce que ces institutions et personnalités disent maintenant et situer la signification de leurs déclarations dans le contexte actuel et les limites sérieuses qu’elles portent.
D’abord il n’est pas juste de la part des différentes institutions et personnalités qui sont intervenues, de déclarer que face à la barbarie en œuvre du pouvoir, « toutes nos institutions sociales, politiques, juridiques  se sont murées dans un devoir de réserve » ou que tous les citoyens de ce pays en sont « complices » et « responsables » (Cf. Appel de l’abbé GOUDJO), ou encore qu’elles se sont réfugiées « dans l’indifférence craintive » (déclaration de l’Ordre des avocats). Parler ainsi c’est fouler au pied toutes les luttes que mènent les travailleurs de mon pays, toutes tendances et confessions religieuses confondues (chrétiens ou non chrétiens) à travers leurs multiples organisations syndicales ou associatives, contre les mesures répressives du pouvoir de YAYI Boni. Les enseignants dernièrement n’ont-ils pas administré l’exemple ?
Ensuite, il n’est pas juste ni bon une fois réveillés aujourd’hui de la torpeur de  prétendre être les seuls «  guetteurs », les éveilleurs de conscience en ignorant complètement ceux qui n’ont jamais quitté ce champ politique dans la défense de la justice et de la paix et de ne pas leur rendre hommage.
Chers Concitoyens,
Le grand défaut du diagnostic de ces différentes prises de positions réside essentiellement dans le fait qu’elles n’ont pas (en dehors du cas notable de l’adresse du Père Alphonse Benoît QUENUM avec son article publié dans le journal «La Croix» « Démocratie au Bénin, Où en sommes nous et où allons-nous ? ») posé et répondu à la question de « Comment en est-on arrivé là ? Et quelle issue populaire préconiser à la situation actuelle ? »
1°- Comment en est-on arrivé là ?
Un adage populaire dit qu’il ne faut pas regarder là où on est tombé mais plutôt là où on a trébuché. Tout citoyen quelque peu honnête doit convenir que là où nous avons trébuché, la base du règne des contre-valeurs aujourd’hui (corruption et crimes économiques, crimes politiques, impunité) c’est la Conférence Nationale des Forces Vives de février 1990 dans ses motivations et conclusions. Au nom de la « tolérance », on a rejeté toute indication des auteurs et/ou commanditaires des crimes politiques et économiques qui ont essaimé notre pays de 1972 à 1990. Au nom du slogan « Tout le monde est responsable (Cf. Lettre Pastorale des Evêques « Convertissez-vous et le Bénin vivra», avril 1989), l’on a évité de demander des comptes aux criminels et pis le Haut Conseil de la République sous la présidence de Mgr de SOUZA a jugé bon en avril 1990 de voter une loi portant « immunité personnelle au président Mathieu Kérékou », c’est-à-dire au Responsable tout au moins Moral de tous les Crimes de la période de la dictature despotique du PRPB. Comme si avant d’absoudre un pécheur on ne devait pas lui demander de confesser ses péchés et de faire acte de contrition. Loin de punir les criminels, ils sont au contraire promus et galonnés. L’impunité recevait ainsi une bénédiction légale. Si l’assassinat de TOGBADJA Luc tué en 1989 a été absous sans confession par la Conférence nationale, pourquoi sanctionnerait-on l’assassinat de KPOMASSI Sègla froidement abattu au marché d’Azovè en septembre 1990. Et les autres crimes politiques (HESSOU Pamphile, COOVI, DANGNIVO, Madame SOHOUDJI !!) Et les crimes économiques ! Les biens communs peuvent être pillés et/ou bradés à tout venant. Tous ceux qui osaient tenir un langage contraire, tous ceux qui appelaient à un effort collectif pour sortir ce pays de l’abîme en exigeant de ceux qui l’ont pillé de rendre compte, étaient traités de tous les noms : «violents», «intolérants», encourageant ainsi les procès, la prison ou l’assassinat. Lorsque manifestement les travailleurs avaient raison, des personnalités religieuses étaient employées pour appeler à la paix sans jamais indiquer, encore moins condamner le pouvoir oppresseur. Alors le décor est planté  pour l’impunité et tous les nouveaux pilleurs et criminels politiques et économiques ont une excuse inattaquable : l’impunité accordée aux criminels de 1972 à 1990. Chaque pouvoir qui arrive peut commettre tous les crimes et est assuré d’être couverts par son successeur. Et vive la corruption généralisée et le sauve-qui-peut ! La reconnaissance de nos erreurs dont parle l’Abbé GOUDJO ne passe-t-elle pas d’abord par là aussi ainsi par la reconnaissance et l’hommage aux ouvriers de la première heure même si ceux de la dernière heure peuvent recevoir le même salaire que les premiers ?
2° Quelle issue à la situation présente ?
Face à la débâcle actuelle, que préconisent les différentes prises de positions sus-indiquées ? Pour l’Ordre des Avocats il invite « les autorités politiques, civiles et militaires à revenir à l’orthodoxie, aux bonnes pratiques, aux valeurs et au respect des textes en vigueur» !! Pour l’abbé Raymond GOUDJO, il appelle à «reconnaître nos erreurs et nos échecs pour mieux rebondir » et pour « une prise de conscience renouvelée » !! Pour les Assises catholiques, il faut (le chrétien) s’engager dans l’action politique (…) pour sauver et construire ensemble la commune maison de notre Nation, dans un esprit de droit et le respect absolu de la loi fondamentale » !! Mais ne doit pas reconnaître que c’est l’échec de ses solutions qui ont abouti à la crise actuellement décriée ? De quelles autorités du pouvoir actuel peut-on raisonnablement attendre le respect des textes, de la Loi fondamentale et le retour aux bonnes valeurs ? La question essentielle est là.
Les différentes prises de positions sus-indiquées pèchent donc sur un point essentiel : l’absence de perspective claire au peuple face à la catastrophe actuelle.
La proposition d’une issue véritable à cette situation pour sortir le Bénin de la dérive fatale, doit commencer par la reconnaissance de ce qui est plus haut et surtout par l’indication des auteurs de cette situation. C’est le pouvoir de YAYI Boni qui est à la base de la situation actuelle et qui fait que notre pays est en déperdition. La première œuvre de salubrité patriotique c’est de le prier de dégager le plancher. C’est le peuple qui doit être sollicité, encouragé pour le faire afin que dans un même mouvement, il dégage la tête pourrie et pose les bases de l’assainissement du corps social tout entier.
Et par quoi remplacer le pouvoir failli ? Par un Gouvernement Patriotique de transition qui fasse l’exact opposé des pratiques du pouvoir actuel. La défense absolue des libertés fondamentales et la sanction contre tous les violateurs de ces libertés. La défense et la protection du patrimoine national, dans ses différentes composantes : ses entreprises et les fonds publics, ses opérateurs économiques, ses biens et services et le châtiment des destructeurs de ce patrimoine ; l’élection et la révocabilité des DG des entreprises et administrations publiques ; l’instruction de tous dans les langues nationales ; l’insertion de nos dignitaires dans le système législatif, judiciaire et administratif.
Voilà l’œuvre salvatrice à laquelle j’appelle tous les patriotes, tous les hommes véritablement attachés à l’épanouissement de ce pays à s’atteler. Toute autre vue sera encore une manœuvre pour reconduire notre pays dans l’aventure, dans la voie de garage.

Philippe NOUDJENOUME
Premier Secrétaire du PCB