La Nouvelle Tribune

Dysfonctionnement dans la gestion des sociétés d’Etat

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Yayi cautionne la valse des Dg
La gouvernance du président Boni Yayi est de plus en plus  sujet à réflexion au regard des incohérences qui la caractérisent. Le chef de l’Etat semble avoir quelques problèmes avec la gestion des hommes, que cela déteint dangereusement sur la mise en œuvre de sa vision et le changement qu’il prône. Le limogeage du directeur général du port autonome de Cotonou, Jérôme Dandjinou,  en est une des illustrations.

La énième suspension du Dg du port autonome de Cotonou a été une grosse surprise pour les Béninois. La facilité avec laquelle les Dg de cette structure sont remerciés  entache la crédibilité du régime de Yayi qui prône le changement dans la gestion des affaires publiques. Loin de vouloir défendre un individu, c’est plutôt les responsabilités que requièrent ce poste et la structure concernée  qui préoccupent ici. En  l’espace de deux ans, on compte banalement deux directeurs généraux pour le port de Cotonou, le plus important maillon du développement du Bénin. Pour ne se limiter qu’aux derniers,  on se souvient que c’était  un beau matin que le président Yayi a fait  débarquer  Christophe Aguessy, le prédécesseur de Dandjinou.  Haut cadre de la Boad, on le présentait comme un technocrate  sérieux qui viendrait réformer le port et le rendre plus compétitif.  A peine une année plus tard, celui-ci est  relevé de ses fonctions, sans raison, du moins officielle. Au bout de quelques semaines,  on lui confie le le secrétariat du Conseil  présidentiel d’investissement à la présidence de la République, la méthode de Yayi pour consoler ses limogés et les mettre au garage. Surprise générale, pour remplacer ce dernier, c’est le nom de Jérôme Dandjinou, alias Ayatollah, qui réapparaît. L’homme providentiel, l’oiseau rare que le chef de l’Etat a réussi à débaucher de sa gîte lointaine à Dakar au Sénégal, pour qu’il vienne reprendre en main le port d’où il a été (presque) chassé quelques années plus tôt. Sa mission, entre autres,  assainir la zone portuaire et la sécuriser pour qu’elle échappe définitivement au déclassement américain, auquel il a échappé de justesse sous Aguessy.  

Le parachutage des Dg

Le retour de Dandjinou à la tête du port ne répondait a priori à aucune exigence technique. Si le chef de l’Etat est censé être le seul à connaître et à définir les raisons et l’opportunité de ses choix, il reste que la structure portuaire est le poumon de l’économie nationale et qu’il ne faut pas s’amuser à changer ses directeurs généraux à tout bout de champ. En outre, lorsqu’un nouveau Dg s’installe, il définit une nouvelle politique de développement du port. Pour la mettre en œuvre et en escompter des résultats tangibles, une période raisonnable s’avère nécessaire.  En l’espace de quelques mois, il est impossible de diriger convenablement une structure comme le port et pouvoir en mesurer les impacts. Il se trouve qu’au bout de deux années  de changement, celui de Cotonou en a connu au moins deux.
Cette situation appelle quelques observations. La première fait remarquer la manière presque cavalière avec laquelle le chef de l’Etat parachute ses hommes à la tête des sociétés d’Etat, apparemment sans consultation de ses ministres. Ces derniers qui se croient alors tout-puissants ignorent royalement leurs ministres de tutelle et traitent directement avec le président de la République qui lui-même prête le flanc à ce jeu. La conséquence en est que les ministres se sentent frustrés et les rapports entre les deux sont souvent conflictuels. Alors qu’en temps normal,  le ministre une fois à la tête d’un département, choisit ses hommes avec lesquels ils travaillent en phase. Tel n’est pas le cas avec Yayi.  Jérôme Dandjinou qui a déjà été victime de cette pratique sous le président Kérékou, avec  le ministre des transports d’alors, feu Ahamed Akobi, n’a malheureusement pas su en tirer leçon de cette expérience.

Chassé comme un malpropre  

La seconde observation porte sur les raisons du limogeage de l’ex-Dg du port. Invité dans une émission, dimanche dernier, sur la chaîne de télévision Golfe Tv, Dandjinou a eu à faire des déclarations, certes maladroites,  sur son ministre de tutelle, Armand Zinzindohoué. Quelques jours plus tard, il est suspendu de ses fonctions pour « manquement à l’autorité ». Cette faute suffit-elle pour mériter un pareil sort ? C’est à se demander  s’il n’y avait pas en filigrane l’intention cachée de se débarrasser de lui. Si ce n’était pas le cas, n’aurait-on pas dû lui adresser un avertissement, quitte à lui infliger une sanction plus grave en cas de récidive, au regard des responsabilités qui sont  les siennes en sa qualité de directeur général du Port ?
Et, plus étonnant est que la raison qui sous-tend son limogeage ne met nullement en cause ses compétences professionnelles, ni une malversation, ni une erreur de gestion et encore moins une insuffisance de résultat. Si pour un « manquement à l’autorité », on peut du jour au lendemain sauter un Dg du port à qui on ne reproche pas une mauvaise gestion ni un détournement, il y a de quoi  s’interroger. A moins que le ministre auteur de l’arrêté de suspension vienne expliquer le contenu de « manquement à l’autorité ».
Au-delà de ses fonctions de directeur général, « l’Ayatollah » avait une mission officieuse principale. Il s’agissait de la conquête de la mairie de Cotonou. Au fond, sa nomination à ce poste, qui n’était pour lui qu’un tremplin,  ne visait que cet objectif-là. Comme on le sait, l’expérience s’est soldée par un échec cuisant, puisque Dandjinou n’a même pas pu passer le cap de conseiller avant de prétendre  briguer le poste de maire. Dès lors, Yayi n’avait plus de raison de l’avoir à ses côtés. Il fallait donc trouver un prétexte ou la première occasion pour s’en débarrasser. Son passage dans cette émission n’a été que la meilleure aubaine pour lui régler son compte, après l’avoir utilisé, sans succès.

Alain C. Assogba