La Nouvelle Tribune

Tentative de destitution du président de l’Assemblée nationale

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Des épines sur le chemin des adversaires de Nago
Les tractations se mènent pour la destitution du président de l’Assemblée nationale, Mathurin Nago. Mais les réalités actuelles sur le terrain montrent que ce serait un véritable chemin de croix pour les tenants de ce coup.Il faut tout faire pour destituer le président de l’Assemblée nationale. C’est l’objectif, mais pas officiel, que certains députés poursuivent à l’Assemblée nationale. Le Parti du renouveau démocratique (Prd) de Me Adrien Houngbédji, la Renaissance du Bénin (Rb) de Rosine Soglo, le Parti social-démocrate (Psd) de Bruno Amoussou, le Mouvement africain pour la démocratie et le progrès (Madep) de Séfou Fagbohoun, l’alliance force-clé sont les principaux acteurs de cette tentative de putch. Ces groupes politiques ont au total 48 députés.

Mais à analyser certaines réalités du terrain, il n’est pas exagéré, embêtant ou partisan d’affirmer que le président Nago a beaucoup de chances pour ne pas rentrer négativement dans l’histoire parlementaire de l’ère du renouveau démocratique. Autrement dit, il est bien parti pour finir son mandat. Pourquoi ? D’abord, il faut avoir  2/3 des députés pour renverser la deuxième personnalité de l’Etat béninois comme le prescrit la Constitution du 11 décembre 1990. Si les Forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) seules comptent 35 parlementaires, trouver le reste sera une véritable équation pour les putchistes. Le vote de 47/83 contre le rapport d’activités du président Nago n’en est une preuve palpable. Toujours par rapport à un problème de quorum, tout est à voir du côté de la cohésion des députés anti-cauris. Aujourd’hui, à voir les conditions du retour au pays de Séfou, il serait difficile pour le Madep de se lancer dans une telle aventure au risque de créer des ennuis judiciaires à son leader, surtout que ce dernier est en liberté provisoire. Or, certaines informations qui circulent dans les coulisses montrent que le parti du coq d’Adjarra-ouère est divisé sur la position à adopter face au rigime-Yayi. Dès lors au Parlement, au moins un député du Madep est en négociations avancées avec le gouvernement pour son entrée probable au gouvernement. Ce n’est pas sûr que celui-ci accepte de voter pour la destitution de Nago. Toujours au sein de cette majorité, l’opposition ne peut pas compter sur la volonté de l’honorable Justin Agbojètin. Pour preuve, bien qu’étant de l’Alliance pour une dynamique démocratique (Add), il a soutenu la Fcbe pour la conquête de la mairie d’Adjohoun. C’est dire qu’il y a une certaine cacophonie au sein des adversaires du président de l’Assemblée nationale. En dehors de ce problème, il se pose la question de celui qui doit remplacer Mathurin Nago, si l’on admettait qu’il est possible de le destituer. Est-ce Bruno Amoussou qui prendrait le perchoir ? Là, c’est la grande question. Compte tenu du flou qui caractérise les positions de cet homme, ce n’est pas certain que le Prd, par exemple, soit de cet avis surtout que son leader est encore en course pour la prochaine élection présidentielle au Bénin. Pour ce faire, M. Amoussou a été toujours un homme difficilement maîtrisable. Lui donner le perchoir dans le contexte politique actuel, c’est se mettre sur le chemin de l’inconnue. C’est dire que le problème de leadership pourrait se poser avec acuité. En dehors de toutes ces considérations politiques, il est clair que les prises de position à l’Assemblée nationale ne sont pas fondées sur des bases idéologiques fixes. A analyser l’échiquier politique national, les intérêts politiciens relatifs aux engagements non respectés par le chef de l’Etat peuvent expliquer les grincements de dents contre Nago au Parlement. Selon les informations, le G13 est en train de lorgner du côté du pouvoir. Même la Rb, le Psd et autres ne cracheraient pas sur un gâteau gouvernemental de Boni Yayi. A vrai dire, les agissements au Parlement ont certainement leurs objectifs ailleurs.
Au vu de tout ce qui précède, la destitution de Mathurin Nago ne sera pas une mince affaire. Et comme en politique tout est possible, le miracle pourrait se produire. Wait and see.

Jules Yaovi Maoussi