La Nouvelle Tribune

10 janvier: Le Bénin dans l’apologie du vodoun

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Considéré comme le berceau du vodou dans le monde, le Bénin a fièrement célébré ce 10 janvier sa  fête nationale des religions endogènes.

Parés de leurs atouts les adeptes des cultes vodoun ont jubilé ce 10 janvier, jour consacré à la célébration des religions endogènes au Bénin. Entre démonstration de forces mystiques, spectacles de chants et danses, des processions, des séances de prières, d’offrande d’action de grâce et autres, cette édition est ponctuée de messages d’appel à la fierté culturelle, d’affirmations de l’identité et de la richesse vodoun. Dignitaires de cultes vodoun, intellectuels et autorités politiques s’y sont mis pour révéler l’essence de ce qui, à leurs avis, détermine le Bénin, cet étonnant petit pays d’Afrique de l’ouest. Père de la fête du vodoun pour avoir été le Président ayant pris le décret instituant cette journée de célébration, l’ancien Président Nicéphore Dieudonné Soglo a délivré un message dans lequel il a rappelé la place de l’identité culturelle dans la vie des nations et des hommes. «Aucun homme  ne  peut avoir confiance…s’il ne se reconnaît pas dans  sa culture, s’il n’est pas fier de sa culture. Tous les peuples tiennent à leurs cultures» a-t-il déclaré soulignant que «l’Afrique est le berceau de l’humanité» où s’observe «le respect de la différence» avec diverses réalités cultuelles et culturelles. A propos des religions vodoun à l’honneur, David Koffi Aza signale qu’elles comptent un important nombre de fidèles.

«On réclame plus de deux cent (200) millions d’adeptes nettes pour le vodou et plus de cinq cent mille (500.000) sympathisants à travers le monde» a-t-il renseigné.

Cela s’explique selon lui par un intérêt de plus en plus prononcé pour le tourisme religieux. C’est d’ailleurs le défi de développement du tourisme en lien avec le vodoun que Patrice Talon, l’actuel Chef de l’Etat béninois et son gouvernement veulent relever. Même s’il n’a pas été présent à la cérémonie officielle de ce premier 10 janvier de son quinquennat dans la ville de Covè où un de ses ministres natifs était, il a clairement exprimé son attachement au vodoun au récent lancement de son Programme d’action de gouvernement. Tout en martelant le principe de la laïcité de l’Etat, à cette occasion, il a expliqué comment le vodoun constitue un atout touristique pour le pays et pris le soin d’expliquer qu’assister à une manifestation vodoun ne fait pas de quelqu’un un adepte. Aussi a-t-il dans un élan de fierté Noire déclaré : « l’Afrique est de tradition vodoun ».

Valoriser le vodoun

Bien qu’il soit l’héritage des ancêtres, le vodoun n’a pas toujours été célébré avec faste au Bénin. Dans les années 70 et 80, sous le régime révolutionnaire de Mathieu Kérékou, les dignitaires et adeptes vodou étaient traqués. Malgré l’institution de la journée du 10 janvier depuis 1994, le vodou subit l’affront des religions chrétiennes notamment les évangéliques de plus en plus nombreuses qui le traitent de pratique diabolique. A cela s’ajoute un foisonnement de dignitaires vodou autoproclamés qui n’inspirent pas confiance. « Pendant des siècles, le vodou a souffert de la désinformation. Aujourd’hui, le vodou souffre de l’amateurisme » constate le professeur de Fâ, David Koffi Aza. Il estime que le ministère de la culture doit avoir un département du vodoun pour organiser sa valorisation et le développement du tourisme religieux.  Eminent professeur de sociologie à l’Université d’Abomey-Calavi, Dodji Amouzouvi réfute quant à lui, la diabolisation du vodoun.

« Il faut cesser d’avoir honte de soi-même » a-t-il lancé dans un débat à propos du vodou sur la télévision nationale.

Au-delà du tourisme, le vodoun pourrait être utile sur d’autres fronts cruciaux pour le Bénin à en croire, Hounongan Tchètoula Dodo, dignitaire de culte des divinités marines. Selon lui, le vodou pourraît être d’une grande utilité dans la lutte  contre l’érosion côtière puisqu’il existe des rituels pour apaiser la bouillante divinité de la mer. Comme quoi, le Bénin doit intégrer le vodou dans sa politique  de développement