La Nouvelle Tribune

Bénin : Gros poignard dans le dos de la presse

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Le zèle, les décisions saugrenues et les discours liberticides, la Haac – version « Adam Boni Tessi » nous en a habitués. Mais cette fois-ci, elle a décidé d’aller plus loin : fermer en deux jours trois télévisions et une radio. Un record jamais égalé au Bénin dans la volonté de l’institution de tuer la liberté de presse.

Et pour y parvenir, elle a recherché la petite bête dans les méandres juridiques des contrats le liant à ces médias. Une décision habile et trop osé qui ne manque pas de susciter des interrogations.

Il n’y a pas si longtemps la Haac avait essuyé une grosse humiliation avec les acteurs des médias et leurs organisations professionnelles. Son président Adam Boni Tessi avait pris la décision unilatérale et liberticide d’interdire aux journalistes de relayer les informations sur le Cos-Lépi d’Augustin Ahouanvoébla où deux sensibilités politiques se livraient à une guerre sans merci.  La décision avait suscité un tollé général qui a obligé le président à  se dédire et à revenir sur sa décision. Depuis Adam Boni Tessi s’est « rangé ». Jamais, on ne l’a revu sous les feux de la rampe raconter de. L’institution en a pris un coup dans son prestige et dans son autorité et est même devenue amorphe. A la limite, elle est devenue plus débonnaire et plus laxiste. Le temps faisant son œuvre, elle a réussi à se faire oublier des acteurs des médias qui ont cru qu’elle s’est assagie et a  décidé de se mettre dans la posture de l’institution chargée de « protéger la liberté de presse » telle que prévue par la constitution.

C’était, on le comprend désormais, un recul stratégique pour mieux bondir sur la presse et mieux la dévorer. Lundi dernier, alors que le pays vit toujours un calme médiatique apparent après la dernière élection présidentielle, la Haac sort le grand jeu. Un grand coup qu’on dirait bien réussi parce qu’elle s’est fait oublier depuis près d’un an. En deux jours, la Haac a fermé sans état d’âme trois télévisions et une radio, toutes privées et appartenant aux grosses fortunes du pays. Contrairement aux précédentes sanctions de l’institution, les rares fermetures d’organes de presse étaient toujours ou souvent précédées d’interpellations diverses ou de sanctions intermédiaires. Cette fois-ci, c’est la peine maximale pour des fautes peu évidentes, non professionnelles et non déontologiques que l’institution est allée chercher sur le terrain des