Bénin : Azannaï et Fikara accusent Yayi de «coup de force économique»

Au cours d’une conférence de presse donnée hier après-midi, au Bénin Marina Hôtel, les honorables Candide Azannaï et Saka Fikara répondent à Boni Yayi. Selon eux les propos tenus par  le Chef de l’Etat, lundi 25 novembre dernier au Palais, sont assez dangereux, et nécessitent une réplique de leur part.

Mesdames, Messieurs les journalistes,

Une rencontre importante s'est déroulée au Palais de la Présidence de la République le 25 novembre 2013 dernier. Outre les parlementaires de la Majorité, il y avait la présence de plusieurs membres du  Cabinet du Président de la République Monsieur Boni YAYI. Plusieurs membres du Gouvernement avaient assisté à ladite rencontre présidée en personne par Boni YAYI.

Pendant plus de trois heures, le Président Boni YAYI, s'en est pris vertement à Monsieur Sébastien AJAVON, puis à Monsieur Patrice TALON.

Retenez seulement que les mots du Président de la République, Monsieur Boni YAYI, sont indicibles, même si  le fil conducteur tout le  long de cette séance maussade de  lavage de cerveau entièrement raté qu'il a  imposée à ces députés, qui en étaient visiblement dépités, était ponctué de menaces d'anéantir, et de détruire et de "finir" ses deux citoyens, pourtant tous  Béninois comme vous et nous, et nous osons le croire, comme Boni YAYI lui-même...

Dans le cadre de la coopération entre nos deux Partis politiques, le Président Sacca FIKARA du Mouvement pour la Démocratie et la Solidarité  (MDS), et moi-même au nom du Parti  "Restaurer l'Espoir"  (RE), avions décidé de vous rendre compte de cette rencontre au Palais de la République,  au regard du caractère très inquiétant du rapport qui nous en a été fait.

Je vous présenterai, au nom donc de nos deux formations politiques,  l'objet de notre présent entretien, selon le plan ci-après :

1.  Synthèse des propos de Boni YAYI.

2. Synthèse de la réaction de quelques députés lors de leurs prises de parole au cours de ladite séance.

3. Dangerosité des propos de Boni YAYI.

4. Notre Appel

1 - Boni Yayi charge P. Talon et S. Ajavon :

a/ Sur la fausse polémique déclenchée par Boni YAYI contre la SODECO

Pour le Président de la République, Monsieur Boni YAYI, le dossier SODECO, n'a pas été traité par lui.

Il n'en connaît rien ; comble de l'ironie,  et déclare même être  hors du territoire national quand la convention qui en est la base a été signée. 

Il s'agit donc d'un montage mafieux, d'un acte de magouille dans son dos, d'un arrangement  faux, illégal et contre les intérêts du Pays aux dires de Boni YAYI.

Exhibant un papier, Boni YAYI  interpelle le Député Grégoire AKOFFODJI sur ce que sa signature faisait au bas d'un tel document.

 Et à celui-ci, subitement tout déconfiguré,  et subitement en sueur froide, ministre à l'époque de l'avènement de la SODECO, a dû reconnaître qu'il a avait agi en exécution d'une décision prise en Conseil des ministres... Et au Président Boni YAYI d'indexer et d'en accuser de toutes les compromissions,  l'Ancien Premier Ministre KOUPAKI, alors Ministre d'Etat, Chargé de la Coordination de l'Action Gouvernementale et de l'Evaluation des Politiques Publiques...

Boni YAYI évoque les actions en justice devant la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage (CCJA), et menace de ne jamais payer ni les frais de justice, ni les frais d'arbitrage devant cette Cour pourtant prévue en cas de litiges, dans le cadre de l'exécution de la convention et du contrat sur la SODECO.

Boni YAYI annonce sa ferme intention de nommer en Conseil des ministres un nouveau Directeur à la tête de la SODECO...

Il se prêt à voir celui qui viendrait en faire subir quelques conséquences au Bénin, face aux idées agitées selon lesquelles,  les mesures entreprises par lui pouvaient être déboutées devant cette Cour Commune de Justice et d’Arbitrage (CCJA)... 

b/ Sur le dénigrement de Sébastien AJAVON

Boni YAYI reprend ses vieux prétextes et soupçons contre Sébastien AJAVON, relatifs aux  rumeurs autour de la TVA.

Il qualifie d'illusions les conceptions que le Président Sébastien AJAVON du Patronat National  a du partenariat Privé/Public.

Il informe avoir sanctionné, dans cette affaire de TVA qu'il  déclare toujours frauduleuses et volées,   les responsables de Douanes de l'époque,  et le Diplomate qui, entre temps,  avaient certifié la sortie  effective des produits sur lesquels  le Groupe de Sébastien AJAVON réclame  le remboursement  des sommes encaissées par les caisses de l'Etat. .

La ligne directrice des charges de Boni YAYI contre Sébastien AJAVON est dans le même registre  de l'innocent, du dernier venu  ignorant tout,  et déplorant l'avidité et le haut degré de corruption d'un opérateur qui résiste  à se soumettre  aux exigences  de transparence fiscale.

Il jure ne rien connaître de ce dossier, en réalité, et que dans les faits,  l'ensemble du dossier AJAVON n'est qu'un conflit  entre cet individu et les fonctionnaires en charges du fisc...

c/ Sollicitation de la caution politique de la Majorité parlementaire:

Pour Boni YAYI, il y a danger, du fait des actes anti-économiques et des magouilles anti-fiscales de ces deux faussaires insatiables, que sont Sébastien AJAVON et Patrice TALON.

Il accuse la complicité de l'Administration et des légèretés tapies dans le Gouvernement qui aboutissent, à son insu, à des contrats préjudiciables à l'intérêt de la Nation.

Il se déclare obligé de prendre des mesures, dont la nomination sans délai en Conseil des ministres, d'un nouveau Directeur à la tête de la SODECO.

Dans une longue litanie de jurons, il demande le soutien des députés dans son combat contre les hommes d'affaires sans vertu, dont le prototype est incarné par Patrice TALON et Sébastien AJAVON.

Très pathétique, il se dit devant un blocage qui ne lui offre d'issue que de procéder comme il les informe,  parce que selon lui,  tous les textes pris par l'Etat dans le cas de SODECO, seraient le résultat de  frauduleuses légèretés...

2-  Trois réactions de trois députés :

Nous évoquerons, tour à tour, les interventions de NAGO Mathurin, DOMINGO Cyriaque, AHOLOU-KEKE Hélène...

a/ NAGO:

Un fait remarquable, le Président de l'Assemblée Nationale,  se dit confus devant tout ce que le Président Boni YAYI venait de déclarer.

Mathurin NAGO souhaite que toutes les informations, toute la documentation en support aux propos qu'il vient d'entendre, soient mises à la disposition des députés, pour leur permettre d'apporter le soutien approprié. Mais, conseille-t-il, il vaudra mieux que les jeux soient calmés et que les voies judicieuses soient explorées.

Il se dit prêt à accompagner, en conséquence, les efforts du Président autant que faire se peut.

b/ DOMINGO :

L'Honorable Cyriaque DOMINGO,  s'est étonné en se demandant que dans le cadre des polémiques sur le PVI/NG, le Président Boni YAYI, après avoir dit tout le bien de ce PVI/NG et après avoir sollicité l'adhésion de tous à cette réforme, a été à la surprise de tous,  celui qui s'est mis devant pour dénoncer après coup,  ce même PVI / NG.

Mieux, au plus fort des polémiques engendrées par cette machine arrière devant le PVI/NG, c'est le Président Boni YAYI lui - même qui est revenu dire devant les Télévisions et partout qu'il n'était pas au courant de cet accord alors même que sa signature était bien apposée sur le décret portant PVI /NG.

Aujourd'hui  nous voilà encore devant une autre affaire : la SODECO. Le même Président nous dit qu'il n'a jamais signé ce dossier, qu'il n'en était pas informé. Cela pose un problème  chaque fois que  le Président Boni YAYI dise n'être  au courant de rien, alors même que les décisions sont sous le sceau du Conseil des Ministres.

Qui prend alors de telles décisions à l'insu du Président Boni YAYI ?

Et pourquoi le Président les signe et c'est seulement  après l'éclatement des problèmes qu'il clame son ignorance, brandit son innocence et nie tout  des tenants et des aboutissants desdits dossiers? 

Il y a quelque chose en dessous qu'il conviendra de chercher à comprendre...

c/ AHOLOU-KEKE:

Il est clair que nous devons soutenir le Président Boni YAYI.

Des lois, des conventions, et des contrats existent.

Lorsque des lois existent, on ne peut et on ne doit que prendre leurs voies. Toutes  autres voies exposent à des risques sérieux, et il n'est pas souhaitable que, du fait d'une seule personne qui de plus est Béninois, fils de ce pays,  on fasse courir des risques à tout le Pays.

Elle conseille la saisine de la Justice, et au besoin en procédure de référé, aux fins de la nomination d'un Administrateur Provisoire dans la mesure où, à son avis, et au regard de la loi, des dispositions de l'OHADA, il ne serait pas indiqué que Boni YAYI fasse nommer un nouveau DG à la tête de la SODECO en Conseil des Ministres, comme elle  vient d'entendre  dire...

3– Dangerosité des propos de Boni Yayi:

La question ici, n'est pas que le Président de la République ignore à ce point l'existence des dispositions de la Constitution et des lois.

Il n'ignore pas non plus l'existence des conventions et contrats. Il a une parfaite conscience du chainage  légal et réglementaire qui encadre les activités en système démocratique, et surtout dans la gouvernance des affaires dans l'espace OHADA.

Mais, l'intérêt de notre rencontre, est l'examen des conséquences du déploiement de la conscience du mal contre la Loi, dans le leadership au sommet d'un État de démocratie plurielle fondé sur les principes de l'Etat de droit.

Le Président ne connait jamais rien et est toujours absent,  alors même que ses signatures et celles de toutes les personnalités prévues et autorisées à engager l'Etat, figurent sur tous les documents qu'ils exhibent après coup,  comme frauduleux. En conséquence,  de  son propre chef,  il les bafoue en se mettant hors des balises de la Loi et de la Justice.

Le mal ici, c'est la sollicitation de l'appui de parlementaires, donc des élus, à s'associer et à appuyer les initiatives présidentielles de violations de la Constitution, de violation des lois, de violation des conventions et de violations des contrats entre le Privé et l'Etat, et entre Privés, parce que simplement,  lui Boni YAYI,  a des comptes personnels à régler.

Nous devons tirer un parallèle entre ce coup de force économique et le coup de force politique qu'a constitué le prolongement Ad vitam aeternam,  par exemple,  du mandat des Maires, en offense au calendrier électoral pourtant légal.

La sollicitation du soutien des Députés de la Majorité Présidentielle pour cautionner un coup de force économique est abjecte.

Le cautionnement législatif d'actes illégaux peut faire désespérer la démocratie...

Un coup de force, quel qu'il soit est quelque chose d'illégal qui n'est pas conforme à la Loi,  qui n'est pas conforme au Droit, qui n'est pas conforme aux conventions, qui n'est pas conforme aux contrats.

Aucun opérateur politique ne peut et ne doit cautionner aucun coup de force de n'importe quelle manière contre aucun opérateur économique;  les coups de force économiques préfigurant les coups de force politiques, chaque fois que des velléités de basculement de l'Etat de droit vers un État de Police deviennent  manifestes, comme c'est le cas en ce temps-ci.

De cette même manière que, aujourd'hui,  Boni YAYI sollicite l'appui de l'Assemblée Nationale, parce qu'il n'entend respecter   aucune loi, ni se soumettre à aucune décision de Justice, de cette même manière, il prépare psychologiquement l'opinion, au nom, soi-disant de l'intérêt général, à des coups de force politiques rocambolesques, qu'il contraindra des députés et des membres des Institutions de contre-pouvoir à soutenir.

Nous ne répéterons jamais assez, que c'est sous un cautionnement de même nature que le mandat illégal actuel des Maires est rendu légal...

Le risque de la systématisation de coup de force, dans la gestion quotidienne,  est fort, si ensemble nous ne dénoncions pas, et que nous ne nous mettions pas en ordre de bataille contre toute imposture, quel que soit le domaine de sa survenance, économique ou politique...

En conséquence, il convient de mettre en garde le Président Boni YAYI contre tout coup de force, et de le tenir personnellement responsable de toutes conséquences nuisibles aux droits garantis par la Constitution, et préjudiciables à l'intérêt général.

A vos questions, nous apporterons des détails qui expliquerions davantage notre appel au respect, en toute circonstance, de la l'égalité, au nom de la paix et de la concorde nationale.

Devant la conscience des conséquences du mal, de la faute, de l'acte illégal, il n'y a de solution que le recul et la soumission à l'autorité de la Loi.

Tout Pouvoir qui se soustrait à la Loi, défie de ce seul fait, la Souveraineté, et doit cesser de s'exercer au nom du Peuple.

Ce message doit être clairement décrypté par le Président Boni YAYI, qui met en balance son mandat, à vouloir se croire et agir comme  si nous étions dans un État-voyou et hors la loi.

Il n'y a de compétence pour le dossier SODECO que la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage.

Nous vous remercions, avec l'assurance qu'à travers vos questions, nous aborderons d'autres détails qui nous édifierons tous.

Merci de votre attention.

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