La Nouvelle Tribune

Dossier: Élection présidentielle sénégalaise

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Mali-Sénégal: deux visions contrastées de la démocratie

Les nouvelles qui nous arrivent du Sénégal  ces deux derniers jours sont particulièrement rassurantes. Rassurantes pour l’avenir et l’enracinement de la démocratie sur la terre d’Afrique. De ce point de vue, le coup de force de la soldatesque malienne apparaît pour ce qu’il est : dérisoire et  complètement anachronique. On pourra nous rétorquer que le coup d’état malien est une parfaite illustration de la fragilité des démocraties naissantes. Et c’est vrai ! car,  aucun pays africain n’est à l’abri d’un retour  en arrière.  Mais  ces retours en arrière ne sont pas que des coups d’Etat militaire.

Le cas Gbagbo qui n’a pas  reconnu sa défaite en était un,  tout comme les tripatouillages des constitutions pour s’éterniser au pouvoir. Aucune des démocraties naissantes n’a réglé définitivement la question de la dévolution… du pouvoir. Après les deux mandats constitutionnels, la tentation de rempiler sommeille en tout chef d’Etat africain. Cependant, les images  de ces demi-solde maliens en treillis crasseux ,  en nage sous le chaud soleil sahélien, les yeux hagards  trahissant le désarroi de  ceux qui ne savent que faire du pouvoir qu’ils viennent de ramasser,  ces images –là  renvoie à une époque définitivement révolue. Les retours en arrière sont inévitables  certes, mais ils seront de courte durée, si les citoyens restent vigilants. Les militaires maliens savent plus que quiconque que les pouvoirs militaires n’ont pas d’avenir. Quoi que puissent dire les bienpensants d’ici et d’ailleurs sur une Afrique «  pas mûre pour la démocratie ». Le cas malien  révèle seulement l’incapacité d’une classe politique  à  opérer ce que Guy Landry Hazoumè a  appelé « le suicide au niveau jouisseur ». Tout le monde s’est trompé  sur le tombeur de Moussa Traoré. Après avoir entretenu l’illusion de ne pas être intéressé par le pouvoir au début des années 90,  ATT, comme  ses concitoyens l’appellent, s’est montré tel qu’en lui-même : hésitant , trop conciliant, laxiste dans la gestion du pays. Tous les partis se sont agglutinés autour de l’homme sans parti, pour prendre leur part du gâteau. Il n’ont pas vu venir les soudards du 22 mars…..

Tout autre est l’image que nous renvoie le peuple sénégalais. Il a admirablement résisté au pouvoir autocratique d’Abdoulaye Wade qui a traficoté  quinze fois en 12 ans, la constitution. Il s’est soulevé comme un seul homme contre la dernière tentative de révision constitutionnelle qui stipulait qu’avec 25%des voix , un candidat à l’élection présidentielle pourrait être proclamé vainqueur. Wadeavait l’illusion d’être le seul à pouvoir atteindre ce seuil devant la kyrielle d’opposants politiques incapables, pensait-il, de s’unir derrière un seul candidat. Le peuple du Sénégal a fait reculer le vieil autocrate. Tout comme il a refusé obstinément de  suivre les leaders politiques de l’opposition et de la société civile qui voulait le conduire à un autre printemps arabe. Dans les larmes , la sueur et  le sang. En effet les leaders du M23 ,  à l’image d’Alioune Tine,  ont fait une fixation sur la disqualification de la candidature de Wade même après le verdict du conseil constitutionnel. Ils n’ont pas su reculer même après le lancement de la campagne, alors qu’il n’y avait  aucune autre  voie de recours contre la candidature de Wade. Laissant le champ libre aux deux vainqueurs du premier tour qui ont battu campagne dans tout le pays. Obnubilés par le printemps arabe,  ils n’ont pas  pensé que le Sénégal avait lui –même les moyens que n’avait pas la Tunisie de Ben Ali, la Lybie de Khaddaffi,ou l’Egypte de Moubarack. Les résultats des élections en Tunisie et en Egypte étaient connus longtemps à l’avance ; quant à la Jamahariya arabe lybienne, elle n’en  avait jamais organisé, du moins,  jamais dans la forme qu’elles connaissaient au Sénégal. Dans ce pays ,  les téléphones portables les réseaux sociaux , la presse  ont toujours joué les premiers rôle dans la diffusion des résultats. Plus qu’au Bénin,  notre pays,  où il est interdit de diffuser les résultats sortis des urnes avant la Cena. Pas au Sénégal où les radios  dites de proximité diffusent à tout vent les résultats des bureaux de vote !  On l’a vu en 2000, quand toute l’opposition s’est regroupée derrière Wade pour bouter Diouf hors du pouvoir. La vigilance de l’opposition a pu être trompée aux élections de 2007, quand Wade , maître du fichier électoral a fait K.O au premier tour. C’est le K.O de Wade qui a fait école au Bénin en 2011.Mais l’opposition sénégalaise s’est ressaisie aux élections   municipales de 2010, en raflant la majorité des communes,  surtout celle de Dakar,   face au Pds de Wade. Dès lors,  les Sénégalais se sont laissés  convaincre que leur système électoral offrait toutes les garanties de transparence, si la veille citoyenne restait constante .Le Sénégal a  tout d’une démocratie, n’eût été l’autoritarisme de son président omnipotent et omniscient. Et les  Sénégalais viennent d administrer la meilleure  preuve que la mobilisation des citoyens triomphe toujours de toutes les autocraties..

Vincent Foly